Philippe Colmant Verso de l’ombre poèmes éditions Le Coudrier (2025, 97 pages, 20 euros)
Tout ce qui fait ombre peut faire trace de lumière, ce que semble évoquer Philippe tandis que le poète interpelle le quidam concerné : « Je t’ai laissé un mot/ verso de ton ombre ».
Le poète prend le temps à témoin de ce qu’il est possible de restituer : « J’ai accroché ton vieux manteau/ A la patère des jours lents/ Pour que je puisse l’enfiler », activant ainsi dans la pensée du texte le mot « pater » volontairement ou non sous-entendu.
Si tout est en continuité et en dissolution, reste la préoccupation des constats impossibles à changer : « Tu habitais tes mots/ Bien plus que de raison/ Les voilà à louer/ Pour un prix dérisoire », les mots et sans doute les silences suggérant un fusionnel vis-à-vis au-delà des apparences immédiates.
Progressivement ravalée l’ombre bleue s’effacera sans doute au profit d’un trait de lumière : « Pourtant du ciel écartelé/ Aux plaies désormais bien visibles/ Que des oiseaux inquiets suturent/ Avec du fil imaginaire/Tombe une lumière tranquille ».
Reste cette solitude à appréhender la fatalité, certes, mais avec la grandeur des espaces servant une cause d’éternité :
« Là, face à l’océan/Aux vagues d’ombre bleue/J’ai lancé vers le large/Mon cri d’homme inutile ».
La progression très cadencée du texte m’a fait penser à « L’Homme qui marche » d’Alberto Giacometti , allégorie de la difficile traversée de l’existence humaine, Philippe étant ainsi, comme le sculpteur suisse, dans ce qui parait « indiscernable » de prime abord avec cette farouche détermination à mettre, comme les pas, un mot devant l’autre. C’est que son écriture le tient debout avec cette conviction qui n’appartient qu’aux passeurs de lumière.
De mystérieuses photos, prises par l’auteur lui-même, vivifient l’expression du poète avec autant de signes suggérant d’efficaces ectoplasmes.
Patrick Devaux