Michèle Garant Chacun s’en va collection poétiques Asmodée Edern éditions, illustrations d’Antoine Juliens (2025,151 pages, 20 euros)
Les proses poétiques de Michèle Garant se calquent sur l’évènement en prise directe avec la vraie vie, celle silencieuse qui, de prime abord, échappe à la presse directe ; « Le Sheraton Hotel de ma ville Bruxelles/ dresse trente étages au loin/ Dans les journaux on n’a rien lu/ de tout cela : un jour d’octobre/ une fille de quinze ans s’est envolée ». Le fait divers supplante l’idée même du drame comme si le quotidien l’absorbait avec immédiateté : « Vous mangerez des macaronis gruyère/ Boirez les bouteilles de vin reçues chez le/ nouveau Delhaize ».
Scénarisés en plusieurs chapitres, les faits sont mis en scène de façon théâtrale comme si l’évènement était vu de l’extérieur tandis que l’une ou l’autre chute de la poétique peut ressembler à celle d’une nouvelle tant c’est habilement suggéré et parfois avec peu de mots : « Tout se dispersera/On entendra les voix/s’égayer vers le fleuve/jusqu’au coup de feu/Clac ».
Plusieurs réalités sont parfois confrontées en même temps ajoutant une sorte d’impression de recul face à la destinée tandis que les bavardages inutiles et grandes théories sont de fait confrontés, sans filtre, à l’acte immédiat, aux faits et, pour tout dire, au destin.
Les idées de l’auteure ne sont pas à une provocation près : « Je pisserai sur ta tombe pour te donner chaud/ Te ferai une cassette sur le bruit de l’avenue/ Te dirai les nouvelles/ ils lancent une fusée, on te fait une expo ».
L’idée de continuité semble primer sur l’évènement, ce qui, in fine, ressemble à la vraie vie et à ce qu’on n’ose pas penser ou dire : « on me dit alors Bonne-maman est morte cette nuit. Je cours près du rosier, je ne comprends plus rien. Bonne-maman me doit une promenade ».
L’auteure rappelle ce poème de Juarroz : « chacun s’en va parce qu’il s’en va » tandis que la condition féminine est également évoquée : « La porte du jardin de Claire n’ouvrait sur rien/ d’autre qu’elle-même et sur les rêves qu’elle pouvait susciter ».
A plusieurs reprises est évoqué l’espace de vie manquant : « Nous ouvrirons l’espace resplendissant aux yeux/ de tous, lieu de fêtes à travers les saisons : les mots chanteront, les sculptures danseront, les rythmes brûleront. Car nous sommes ici pour vivre ce que nos mères n’ont pu rêver »
Patrick Devaux