Nicole Marlière L’Homme-Enfant, roman, éditions M.E.O (2025, 120 pp, 16 €)
« L’Homme-Enfant », de Nicole Marlière met en scène les dérives d’un lien intrafamilial devenu fusionnel entre Alice et son fils Théo. Après le décès de son père, lorsqu’il était encore jeune, la cellule familiale se resserre autour d’un duo mère- fils où la séparation symbolique devient difficile. À l’inverse, India, sa sœur, à pris son envol à l’âge de 20 ans, ce qui contraste avec l’enfermement psychologique progressif de Théo.
Alice est convaincue de savoir ce qui est bon pour ses enfants, même devenus adultes : « ses enfants manquaient de raison, ils faisaient toujours les mêmes erreurs, impossible de les mettre en garde, elle devait surveiller ses paroles, choisir ses mots, dire des banalités, éviter de les blesser ». On ressent son besoin de contrôle et sa difficulté de lâcher prise.
Théo se sent prisonnier, tiraillé entre devoir filial et désir d’émancipation. Le roman souligne cette impasse avec un autre extrait marquant : « Il la regarda. Qu’est-ce qu’il foutait là ? Il allait avoir 38 ans et elle n’en finissait pas de vivre. La quitter, renoncer à ce qu’il appelait son devoir était une solution qu’il n’avait pas envisagée. Coincé dans son rôle, otage de lui-même ». Poussé à l’extrême par cette emprise, il en vient même à envisager le pire pour sa mère, révélant la violence latente de ce lien devenu étouffant.
L’auteure questionne : où se situe la frontière entre l’amour parental et la dépendance affective ? entre la protection et le contrôle ? Son récit amène le lecteur à réfléchir : jusqu’où peut-on vouloir protéger ses enfants sans les empêcher de devenir adultes ? Et jusqu’où un enfant, une fois adulte, peut-il porter la responsabilité affective de ses parents sans s’oublier lui-même ? Dans cette tension narrative, Nicole Marlière révèle une vérité profondément existentielle sur la difficulté de se détacher du cocon familial et de vivre sa propre vie.
Et lorsque le destin ou les circonstances viennent bousculer ces équilibres, chacun est-il ramené à sa juste place, ou à ses propres contradictions ?
Christine Utri