Vital LAHAYE, Maquis volants, 2020, 70p. Chez l’auteur:20, rue du Monty, 6820 Florenville

Quarante années de poésie pour ce poète né en 1937, dont les textes forment ici, manières de résistance à la langue commune, un « maquis ».

Le poète lorrain manie la langue à coups de serpe, de concision et d’économie verbale, en usant de l’ellipse et d’images qui déboussolent, tant elles sont justes :

au creux gauche du chemin
où la rouille verdit

l’assiette morte aux pommes
gire sur chas de paille
disjonction de plinthe entre crâne et mèche de la tempe

De quoi parle cette poésie singulière ? De quels ferments originaux, puisqu’elle ose nommer le monde « entre touffe et ras herbus de peau », puisque « la lune aux longs épis se tasse » ?
La matière, minérale, est ici exaltée par des mots voisins que rien ne rapproche tant le style cisèle des appariements eux aussi singuliers

:ce ne sont pas mes premiers mots que je récuse
mais leur soumission à ceux d’outre paroi de chambre 

«je m’agrège le confort environnant
la nuit se porte si près à son voeu souterrain »

Le poète, dans une langue altière, noble, énonce ses territoires : « dans les jonquilles de l’air bleu », « la mâchoire fourrée des arbres ».Voilà un vrai poète, qui édifie son dictionnaire d’éléments poétiques : des fioles, des tenons, des soquets de lampe, ces « maquis » intimes de la vie intérieure sinon antérieure.
Pour lui, la vie est « insecouable », insécable aussi par ses multiples sensations

.J’aime beaucoup ces textes, « labyrinthiques de surfaces » ; j’admire cette voix qui scande, au-delà de tout minimalisme, « le tohu-bohu du quant à soi », dans un art qui ne doit rien à personne,  nerveux et original dans ses rythmes, avec ce sang des mots qui ne trompe pas, d’une authenticité majeure.
L’édition, tout en hauteur, est magnifique.

Philippe Leuckx