Philippe Colmant  Arbrissime poèmes et aquarelles éditions
Le Coudrier ( 2026, 84 pages, 20 euros)

Avec « Arbrissime » Philippe Colmant parle de « l’endettement de la lumière », nécessaire à l’arbre. Cette fois encore le poète choisit ses mots qui lui sont aussi essentiels que la chlorophylle pour les arbres, « offrant pour quelques heures/ Aux effeuillés surpris/ Un peu de la lumière/Qui éclaire les dieux ».
Figeant le vieillard humain dans l’attente d’un dénouement, il fait de l’arbre quelque chose de neuf et en mouvement : « Regarde- toi, vieil arbre/ Ta peau n’est plus qu’encoches/ Qu’écorce burinée/ Par les pluies et les vents/ De ton unique escale/ Et pourtant tu voyages/ Tu n’as jamais cessé »
L’arbre ramène l’auteur à celui ou ceux de l’enfance et à la redécouverte de cet enfant « sans royaume/ Qui marche sur la mousse/ Du long couloir du temps »
C’est que, régulièrement, l’arbre est ramené à l’humain dans un contexte de sensibilité réciproque et notamment quand l’enfant s’interroge des similitudes : « Désemparé l’enfant/ Regarde le moignon/Puis la branche rompue/Et la blessure encore/ Il voudrait recoller/ Ce bras à son épaule/mais l’arbre sait déjà/ Qu’on ne vit pas sans perdre », l’auteur attribuant ainsi au végétal sagesse et discernement.
L’auteur se pose en observateur par petites touches tantôt bourgeonnantes, tantôt craquantes et vieillissantes pour des arbres plutôt mûrs « piliers du temple ».
En lisant j’ai songé au roman d’Hervé Bazin « L’église verte » sinon qu’en outre du silence de la cathédrale verte, Philippe y ajoute avec subtilité des ex-voto et des cœurs gravés ramenant ainsi dans le cercle de ses intentions et avec discrétion une sorte d’amour universel partageur, avec également le rappel du « Petit Prince » d’Antoine de St Exupéry .
Monde orchestral où la mort elle-même semble faire partie de la vie alors que le requiem passe tout en douceur comme une sorte d’évidence qui rend la vie plus intense et l’élan, exprimé également en aquarelles d’une rare intensité ( elles sont de l’auteur lui-même), « arbrissime » jusqu’au bout des feuilles qu’elles soient chlorophyllées ou, comme ici, couvertes d’encre et de peintures aquarellées.

Patrick Devaux
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