Philippe Remy-Wilkin Les Sœurs Noires, roman, éditions Weyrich (297 pages, 2022)

Entre « quelques jours avant » et « quelques semaines avant », Philippe Remy-Wilkin nous intrigue avec un thriller menant un écrivain, féru de contextes historiques, dans les rues de Tournai évoquée avec des richesses culturelles insoupçonnées entre monuments, rues et même écriture rappelée, par exemple, entre Rodenbach, Verhaeren et Françoise Lison. Fil conducteur : « Les Sœurs Noires » : suggérée tout d’abord par un lieu-dit, la référence devient progressivement la clé d’un mystère à éclaircir : Siham a disparu et Raphaël est sollicité par Cathy, une directrice d’école et ancienne amie, pour la retrouver car « il est habile dans les intrigues de papier ».
Le roman sert grandement de prétexte à évoquer l’émancipation féminine dans un contexte particulier oscillant entre islamisme, racisme et machisme tandis que les « Sœurs Noires » se révèlent être toute autre chose que ce qu’un lecteur occidental préconditionné pourrait s’en faire comme idée.
Sans doute retrouve-t-on parfois Philippe lui-même, avec sa culture étendue, à travers l’ouvrage abondamment noté de références tournaisiennes très fouillées, ce qui donne une autre dimension à cette ville connue pour des lieux emblématiques. Les clichés concernant la religion, l’islamisme sont habilement orientés tout en étant évoqués de façon très compréhensible.
Ajoutons encore que le style lui-même est particulier, l’auteur usant de dialogues avec des sortes de pointillés pensés laissant l’intrigue en attente dans la réflexion du lecteur :
« – Oui, c’est cela, gronde l’écrivain enquêteur. Ça vous arrange. Siham se rebelle contre la tradition, la religion, ne dort plus chez vous, c’est embarrassant dans votre univers, au regard de la communauté. Alors, on fait comme si… »
Parallèlement au roman lui-même, à bien des égards, l’auteur distille un humanisme habilement infusé dans cette écriture menée de main de maître avec une précision culturelle qu’on pourrait qualifier de chirurgicale.
Pour un coup d’essai, le genre « thriller » se révèle bien affirmé avec, jusqu’au bout, l’intrigue et le questionnement :
« – Dans les thrillers anglo-saxons, le coupable est souvent inattendu, renchérit Etienne … »
Coupable de quoi, au juste ? Affaire à suivre avec plaisir et à découvrir au fil des pages … !

Patrick Devaux