Philippe Remy-Wilkin, Belgiques, Être ou ne pas être…, Ker éditions, 2024, 12 euros, 145 pages

Avec son recueil de nouvelles (reliées les unes aux autres par l’Histoire et…les feu- follets dont on reparlera), Philippe Remy-Wilkin signe le 29è recueil de la collection Belgiques, chacun de ceux-ci ayant pour vocation de livrer un portrait, des reflets particuliers de notre pays, en d’autres mots l’image que veut en donner chaque auteur.
Pour suivre Philippe dans ses propres chemins de Belgique, il faudra d’abord porter un œil attentif au prologue, point de départ essentiel et fondateur.
L’on y assistera à sa rencontre avec Thyl Ulenspieglel et Nele et… Jacques de Decker, et c’est eux trois, feu-f ollets accrochés à sa main ou son épaule ou posé sur son genoux qui, de nouvelle en nouvelle, créeront la cohérence du récit, entraîneront et accompagneront tant l’auteur que le lecteur, au travers d’événements/ de dates- pivot épinglées par Philippe Remy-Wilkin. Celui-ci réécrit en effet l’Histoire à sa manière ; il suit tout au long du livre un fil, solidement ancré en lui, en quête des racines de la « belgicité », d’éléments pouvant expliquer notre identité et notre singularité.
Nous ne détaillerons pas ici chacun des chapitres dédiés à un épisode particulier de l’histoire, d’autres avant nous l’ayant très bien fait. Que l’on dise seulement que son histoire de Belgique commence par Clovis et que, passant les siècles (les années charnières 1370, 1426,1770, 1879-1894, 1899, 1968, 1976, 1983-1944, 2019) l’on arrive à l’épilogue, « Belgoland », où l’auteur développe une réflexion de nature politique/sociologique sur la situation actuelle de notre pays et la démocratie.
On ne s’en étonnera pas, nombreuses sont les nouvelles qui prennent comme point d’ancrage Tournai, ville que l’on sait chère à l’auteur. Comme à son habitude, Philippe Remy- Wilkin, érudit et toujours bien documenté, nous apprendra/rappellera aussi bien des choses sur notre histoire (nombreux noms cités et références) et, comme souvent aussi, il n’hésite pas à mêler réel et fantastique. Sa nouvelle, Vertige ! -qui nous plonge dans le musée de Tervuren tel qu’il se présente aujourd’hui- reste peut-être la plus attachante, car faisant deviner une part de facette intime de l’auteur (la nouvelle avait paru, sous une version plus longue, dans le bookleg Maelström de Bruxelles, ce conte paru en 2019, et nous en avions publié une recension pour l’AREAW).
La construction de l’ensemble du récit est originale, fluide, bien rythmée. Chaque fragment d’histoire raconté se termine par une sorte de dialogue (en italique) entre l’auteur et le Follet « Jacques » : c’est à chaque fois comme une grande respiration, l’occasion de questionnements et de réflexions riches de sens.

Martine Rouhart