Daniel Simon, Courts-circuits, Amougies, Cactus inébranlable, coll. P’Tits Cactus 119, 2025, 76p. (12€)
Pour chercheur de trésors inattendus, étalés ici et là, en chinant comme bon lui semble
Voici un livre qui appartient à ce qu’on pourrait qualifier de ‘brocante’. Bien entendu, pas une brocante habituelle de ceux qui se débarrassent de choses devenues inutiles, encombrantes, insupportables. Plutôt celle d’un amoureux collectionneur de choses qu’il affectionne et à qui il ne déplaît nullement de partager ses plaisirs avec autrui.
Comme l’indique son titre, le livre de Daniel Simon contient des textes plutôt brefs. Comme le suggèrent deux sous-titres en couverture : d’un côté des aphorismes (genre court par excellence puisque souvent réduit à une phrase pas trop longue), de l’autre côté, des récits (ici pas très étirés en nombre de pages puisque annoncés comme « L’un dans l’autre »).
Voilà qui rejoint quelque peu l’esprit d’une brocante offrant des objets diversifiés de provenances et d’usages disparates. La section des aphorismes est contrainte à la concision mais aussi souvent encline au jeu avec les mots et leurs signifiés. Celle de l’exploration d’un thème via sa répétition (dans ce cas-ci « sein «) sous un aspect d’inventaire mais également de poésie se prête à la musique même des vocables. Une autre, davantage narrative, s’aventure vers d’autres parages : un quotidien quasi ordinaire, un fantastique sans ostentation, une anecdote extirpée de l’enfance, l’intertextualité d’un lecteur assidu, des contrées d’absurdie ou de carrément nonsense, de la philosophie culturelle, un portrait, la réflexion d’un essayiste conscient de l’importance de la littérature et du désir de «sauver les mots les plus précis surtout dans le brouhaha des imprécis.»
C’est bien de brocante qu’il s’agit. On peut y choisir ici ou plus loin, revenir en arrière, abandonner un certain temps avant de repartir à la découverte. Là une pièce rare et précieuse. Ici un rien défraîchie quoique éminemment sympathique. Là, sidérante, inattendue, dérangeante. La couverture avertissait bien : « court-circuit » n’est-ce pas aussi quand ça fait péter les plombs ?
Daniel Simon s’est manifestement amusé. Le lecteur fera de même au rythme qui lui convient. Il aura, au surplus, l’occasion de tester sa qualité de lecture s’il est parvenu à repérer le passage que cet auteur, malicieux, a placé volontairement à deux moments divers de son bouquin. Avec la même malice, l’écrivain aura plaisir sans nul doute à envoyer sur internet à qui lui en fera demande, un passage inédit similaire en nombre de mots.
Michel Voiturier