Les Rèlîs namurwès, Maurice Carême en wallon, éd. Tétras Lyre, De Wallonie, 2025, 160 pp.,14 €
Entreprise audacieuse, peut-être, même si le « ton » de Maurice Carême semble s’y prêter, par son naturel, sa simplicité. Mais il reste que le proverbe « Traduttore traditore », Un traducteur est un traître, est valable plus qu’ailleurs en poésie : il ne s’agit pas en effet d’y traduire seulement le sens des mots, mais surtout le rythme du poème, cette petite musique intime proche parfois de la chanson, usant de la rime (gentiment moquée par Verlaine, mais enfin…), et parfois de l’accent (peu marqué en français comme en latin), mais aussi, prédominant en français, du nombre des syllabes, et en latin, de leur longueur…
Disons tout de suite que l’ensemble, ici, est une réussite, avec des nuances, bien sûr, pour chacun des traducteurs – car ils sont plusieurs, parmi les Rèlîs, à avoir participé à l’entreprise.
Jean Colot a choisi la simplicité, qui correspond bien au ton de Carême :
Dj’a rèscontrè trwès caracoles
Sac au dos, qu’rotint, al vinvole
Èt dins l’ pachi, trwès bruns lum’çons
Qui dijint par keûr leû lèçon
(J’ai rencontré trois escargots/Qui s’en allaient cartable au dos// Et dans le pré trois limaçons/ Qui disaient par cœur leur leçon.)
Ici, la fidélité au texte français est presque parfaite : il y manque seulement la traduction de l’expression à l’vinvole,
proche cousine d’ailleurs du wallon. Mais nul n’est prophète en son pays…
Il en va à peu près de même, chez Joseph Dewez, avec quelques belles réussites :
I roteûve voltî, i zoupleûve voltî,
I causeûve voltî, I danzeûve voltî,
Dions quéne andèle vos l’aurîz faît potchî
Si v’ lî auriz d’mandé, dirèc, douvint.
(Il aimait marcher, il aimait sauter, / il aimait parler, il aimait / danser/ Il aurait été bien embarrassé / Si vous lui aviez demandé pourquoi.)
Nous pourrions poursuivre cet exercice, mais cela allongerait démesurément ce compte-rendu. Nous signalerons donc seulement, au passage, les traductions ingénieuses de David Delrée, de Luc Collard, de Françoise Evrard, fort attentive au rythme des textes, d’Anne-Marie François (on comparera avec profit sa traduction, p.95, du poème également traduit, ci-dessus, par Jean Colot : ‘d’ja rèscontré trwès caracoles / Qu’ènn.alin.n’rademint al sicole’), celles, pleines de verve, de Jean Hamblenne, chez qui, pour la rime, Pampelune devient Carcassonne, et la lune se change en automne – les rimes en « onne » ne courent pas les rues en wallon. Les belles traductions de Bernard Louis, notamment d’un texte en prose, Le petit vieux, sans oublier, bien sûr Joëlle Spierkel, ni Bernard Thiry.
Plus qu’un simple divertissement, c’est un beau travail de longue patience, de dentellière. S’il fallait encore y ajouter une nuance, nous dirions que Maurice Carême appuie parfois un peu trop sur la pédale de la naïveté et de l’optimisme (le mal n’y tient guère de place). Le wallon, de lui-même, et par l’effet des traducteurs, a des accents plus gaillards, plus populaires…et c’est loin d’être désagréable.
Joseph Bodson