Lucie Mahieu, Mons se livre à pied, Promenade littéraire, Éditions Academia, Louvain-la-Neuve (2025, 236 pages, 20 euros)
L’ouvrage s’ouvre sur une citation d’Antoine de Saint-Exupéry : On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour (30 juillet 1944). Cette citation donne déjà l’esprit du livre.
Lucie Mahieu nous présente ensuite sa méthode pour nous faire découvrir la richesse culturelle et singulièrement littéraire de sa ville de Mons. Guide touristique, elle est rompue à l’exercice de la marche, où les yeux sont sollicités autant que les jambes. Car il s’agit au départ de promenade littéraire à travers les différents quartiers de la localité répartis en neuf circuits, de l’Hôtel de ville aux Visitandines et à la collégiale Sainte-Waudru.
Pour chacune de ces promenades, plusieurs lieux, monuments ou institutions sont répertoriés, décrits, analysés pour en extraire la substantifique moelle. Ainsi le Singe qui orne la façade de l’Hôtel de ville fait-il l’objet d’une notice technique relative à sa structure matérielle. Pour l’aspect symbolique, l’auteur se réfère à Pierre Coran, Jules Destrée ou Benoît Van Caeneghem, conservateur de la collégiale Saint-Waudru et auteur de multiples publications sur le folklore et l’archéologie montoise. Car c’est là que l’ouvrage de Lucie Mahieu se distingue des autres guides touristiques : le recours aux études littéraires des monuments visités. Chaque auteur est l’objet d’une notice biographique suivie de l’interprétation de l’œuvre en question. En ce qui concerne le Singe de Mons, il y a matière à de nombreuses hypothèses.
Autre exemple : la promenade n°3 De la Société des Nations à une Société universelle évoque le Mundaneum, construit en 1930 par l’architecte Vleugels dans le style Art déco. Après une description de l’édifice, l’auteur s’attarde sur la valeur civilisationnelle de ce temple de la culture. À l’appui de sa démonstration, elle convoque Henri La Fontaine et Paul Otlet. Plus loin il est question de Roland de Lassus, illustre Montois. Né en 1532, il vécut son enfance à Mons avant de parcourir l’Europe au service des puissants de jadis. Charles Plisnier lui rend hommage en ces termes : Après Lassus, les chemins sont faits, Beethoven peut venir.
C’est donc toute une galerie de personnages qui défilent, tous et toutes plus célèbres les uns que les autres, si bien qu’il est impossible de les citer. Les uns furent montois d’origine et le restèrent, d’autres ont été de passage, tels Victor Hugo, Paul Verlaine ou Vincent Van Gogh. Cette promenade littéraire constitue ainsi un compagnon obligé pour tout amoureux de la Cité du Doudou. Sa somme de renseignements sur l’histoire, l’architecture et la culture en général offre réponse à tout visiteur de même qu’à tout honnête homme qui entreprendrait de parcourir Mons dans son fauteuil. Le caractère encyclopédique de l’ouvrage fait dire à Lucie Mahieu : Le livre n’est donc pas de moi. Simplement j’ai fait un peu de couture pour composer un patchwork d’une multitude de belles et riches étoffes dont certaines pièces étaient déjà assemblées. De toute évidence elle pèche par excès de modestie, car, au-delà du contenu objectif, elle a introduit sa touche personnelle dans la manière de présenter les choses, de résumer ou de raconter, notamment dans l’abrégé d’histoire de la ville, non dénué d’humour. C’est pourquoi cette promenade littéraire – bien plus qu’une promenade, un séjour – mérite de figurer dans toute bibliothèque publique ou privée.
Jacques Goyens