Ralph Vendôme Dans la tête d’Elton Munk Roman éditions MEO (2025, 195 pages, 20 euros)

Les préoccupations des célébrités ne sont pas celles de « Monsieur Tout le Monde » et requièrent de prendre de la distance par rapport à soi tandis qu’un milliardaire peut également être en proie au doute sur sa santé mentale, son intelligence, voire être en mal d’idées et craindre que cette intelligence ne faiblisse ce qui demanderait alors de prendre une assurance pour s’en prémunir.
Entre bien de l’Humanité à promouvoir le Groenland à but humanitaire où s’entasseraient les migrants en vue d’un monde nouveau à faire éclore et la fustigation des réseaux sociaux ,l’auteur oscille d’un monde à l’autre avec une touche d’humour et parfois de fantastique, bousculant nos réalités où l’allusion à la personne connue fait mouche à tous les coups, le titre du roman en annonçant directement la couleur. Malgré cela ou à cause de cela, le lecteur qui s’en ferait une approche préconçue se sentirait progressivement bousculé dans ses idées quand le protagoniste principal se pose des questions :
« A quoi bon conquérir l’espace, songea-t-il, à quoi bon passer des nuits blanches à essayer de résoudre le problème de l’autonomie des batteries électriques, leur recyclage, leur production à coût réduit ? A quoi bon remuer ciel et terre pour tenter de franchir tant d’obstacles, techniques, politiques, humains ? Résoudre les problèmes humains, quelle prétention ! »
Cet Elton Munk aux antipodes d’une certaine réalité sert, bien sûr, à mettre le doigt sur nos problèmes de société en évoquant les excès et les travers à rebrousse-poil.
L’auteur, en évoquant l’enfance présumée, cherche à comprendre : « Il ne cherchait pas les ennuis. Au contraire. Monkey apprit à se taire et à rester immobile. En classe, il ne répondait plus aux questions collectives dont il connaissait les réponses bien avant ses camarades ».
L’auteur complexifie la situation par l’intermédiaire d’un pseudo psychiatre inquisiteur. Que va-t-il faire de Munk attiré par le chant des étoiles et qui vient de comprendre la vacuité de son existence tandis que Ralph, avec le personnage d’Irène Schwab, s’en prend aux réseaux sociaux : « – Et les réseaux sociaux, reprit-elle. Une équipe de jeunes idiots sont payés à les nourrir en mon nom. Des pelletées de conneries dans la gueule de la bête ! Elle est insatiable, avide et boulimique. N’importe quoi fait l’affaire pour l’alimenter. La photo d’un chat, d’un coquelicot, de mon orteil » ?
Se pose la question du génie ou de son contraire.
Que faire d’un génie ? Comment s’exerce sa bonne ou mauvaise conscience « de ne pas souhaiter modifier l’équilibre de la terre » tandis que la folie des grandeurs ouvrirait…de nouveaux espaces à partir d’un évènement où la chienne Laïka joua, le 3 novembre 1957, un rôle déterminant ?
L’auteur précise en « avertissement » que « le roman a été écrit avant qu’Elton Munk devienne mégalomane et fasse vraiment peur »

Patrick Devaux