Pascal Feyaerts Venir à soi suivi de 11 : 11 éditions Le Coudrier , illustrations de Philippe Colmant, préface de Marie-Clotilde Roose (2025, 94 pages, 20 euros)

Importance du mot à laisser « venir à soi » et chercher sa propre lucidité : voilà ce qui importe au poète pour se sentir unifié à autrui : « J’ai rêvé un matin où, enfin, je pourrais me poser/le cœur apaisé/comme un oiseau sur sa branche/guettant l’appel ».
S’adresse -t-il à son ombre propre quand le poète ajoute : « Trop de moi tue/ le toi en moi » alors que « le silence n’existe que dans les livres » ?
Comme coincé dans un habit trop grand pour déployer ses ailes, ce qui bien évidemment fait penser à L‘Albatros de Baudelaire, l’auteur cerne ses priorités les ramenant en orbite de ses émotions à partager avec une certaine urgence : « il est urgent de dire je t’aime/ avant que la lumière ne fonde », travaillant sa conscience à être vraiment pris en mains par lui-même, non pas par autosatisfaction mais par essence à se diffuser. Avec « tant à écrire » et « si peu à dire », l’auteur aurait-il déjà tout affirmé sinon « l’espoir et la beauté » ?
Esthète dans l’âme, Pascal suggère la continuité comme autant d’élan à remplacer une bougie qui s’éteint par une autre, étant en cela porteur de flambeau.
Pascal prônerait -il la pause sur l’image d’un moment révélateur conservé à tous les coups ? Sans doute est-il nostalgique d’un autre lui-même resté en place alors que le corps a continué à se mouvoir : « Les murs sont sans éclat/ils connaissent le pouvoir/des reflets et renvoient une/ancienne lumière qu’on/reconnaît pour miroir ».
Capable du mieux et reconnu à sa juste impression offerte, le poète peut se « faire ( je me fais) abeille » si la fleur l’accepte.
C’est tout dire de ses possibilités d’être prêt à toute métamorphose pourvu que l’effet déclencheur ou la présence soient à la hauteur.
Une touche existentielle prend la mesure de ce qu’il ne dit pas et qu’il faudrait deviner. L’auteur est parfois ascète de lui-même et c’est d’ailleurs ce qui fait son charme. Les illustrations d’un autre magnifique poète et artiste que nous propose Philippe Colmant ajoutent une touche d’âme supplémentaire au texte, s’abreuvant tous deux parfois à la même fontaine.
Pascal nous interpelle à créer (créons) des « mirages habitables »
Parfois à côté du monde et des gestes, le poète marche en double aveugle de lui-même prônant la sensation dans une réalité augmentée bien au-delà des apparences.
Le recueil est dense à exprimer une gravité universelle ramenée à l’individu étreignant l’âme avant l’heure et en dehors des codes conventionnels.
Un mystérieux « 11 :11 » nous fait voyager ensuite dans une autre dimension tandis qu’entre ses mots Pascal cite ceux d’Alejandra Pizarnik et Sylvia Plath « hantée par un cri « .
J’ai parfois songé aux étouffements retenus d’Artaud (« Fais-nous naître aux cieux du dedans » ex Le Pèse-nerfs)
« 11 ;11 » est peut-être l’exacte minute d’un ange, ailes ouvertes face à la lucidité : « Le téléphone sonne/je réponds/peut-être est-ce toi. »
Une minute c’est parfois long et le recueil s’achève avec la minute salvatrice : « 11 :12 » tandis que la minute ( ou la seconde) pour l’auteur aura peut-être duré un siècle.

Patrick Devaux