Daniel Charneux, I’m not M.M., Arléa, La Rencontre, 2026, 202 pp.,19 €.

Glosant le titre de la collection dans laquelle paraît ce livre, Anne Bourguignon, sa directrice, écrit : La rencontre est une histoire qui nous appartient. Rien de plus vrai en ce qui concerne Marilyn Monroe et Daniel Charneux. A tel point que le lecteur lui-même, sans y avoir de raisons aussi fortes, finit par se sentir touché au fond de lui-même.
Daniel Charneux avait déjà consacré un livre à Marylin Monroe (Norma, roman, 2021).Une fin romancée…Mais ici, le titre, avec son not mis en exergue, mais pourvu d’une barre qui l’annule, vient, tel quel, d’un agenda de l’héroïne. Donne tout son sens à la quête d’une vie entière, et à cette biographie. Une biographie dont l’héroïne, et avec elle le biographe, retrace, revit le long trajet, depuis l’enfance abandonnée, ou presque, avec le poids d’une mère abandonnée- envahissante, d’un père inconnu. Le poids de la pauvreté, de la misère même, d’une beauté à double tranchant, instrument à la fois de réussite et de perte d’identité, les maris multiples, producteurs, acteurs, psychanalystes, chanteurs, écrivains, champion de base-ball, président des Etats-Unis, des maris qui commencent par l’aimer, par l’aider et puis, le plus souvent, concourent à sa perte…Protecteurs- prédateurs. Séduction, possession, douloureux repli…une vie qui est une lutte de chaque instant pour garder sa forme, sa beauté, son corps, ce corps naufragé par les écueils multiples où il vient se blesser. Les problèmes de santé, la drogue, l’épuisement…Perte d’un enfant, fausses couches…

Cette vie, toutes proportions gardées, suit la même trajectoire que les héros de l’antiquité grecque, Prométhée, Phèdre, Iphigénie, Hélène, Eurydice… Destinées à l’issue impitoyable : la vie d’un homme, c’est le rêve d’une ombre…N’est-ce pas Dostoïevski qui a dit que s’il était Dieu, il aurait pitié du cœur des hommes ?

On est loin de l’image de Marilyn que les médias ont répandue dans le grand public, celle d’une femme folle de son corps, excentrique, richissime, lunatique…La réalité dépasse la fiction, fiction qui gomme, efface le courage, la pauvreté, la volonté obstinée, la souffrance toujours renouvelée…

C’est avec beaucoup d’amour, beaucoup de pudeur aussi que Daniel Charneux nous présente la vraie Marilyn. Il y fallait, plus que du talent, les qualités éminentes que réclame une véritable biographie. Il faut saluer l’étendue de ses recherches, le bien-fondé du dire. Un style vif, tendu, direct, sans commentaires inutiles.

« Bien sûr, j’ai cherché à mettre un nom sur la cause de mon attirance : admiration pour sa beauté, certes, fascination pour sa volonté de dépasser la beauté afin de gagner la reconnaissance grâce à son talent. Mais le mot qui résume le mieux, sans doute, la raison pour laquelle je lui ai consacré tant de temps, rime avec les deux autres et tend en trois syllabes : compassion. »

Un maître livre.

Joseph Bodson