Dominique Aguessy, Passerelles de mémoire en oubli, poèmes, éditions du Cygne, 2023, 62 pp., 12 €
Un titre qui en dit long, où chaque mot porte son poids de vie, celui du voyageur arrivé presque au terme de la route, qui se retourne pour mieux voir, et ressentir le chemin parcouru. La fragilité du lien avec tout ce passé que nous avons vécu, tous ces gens que nous avons connus. Et ce regard, pourtant, avec tout le poids de l’expérience, qui continue à scruter des aubes nouvelles.
Le style de Dominique ici se fait plus bref, à mesure, dirait-on, qu’il s’alentit : si la passerelle est fragile, chaque mot porte, et apporte au lecteur un sens profond, à tel point que certains de ces vers peuvent servir d’indicateur, renferment tout un programme de vie :
« A flanc de faille/sans faillir/ à pas incertains/ tenir (p.6)
« Un regard épanouit le paysage / un coup d’aile le rétrécit / ne dites rien qui vous contredit / prenez soin de l’oiseau qui fait son nid » (p.9)
« Les nouveaux pères/ partagent les angoisses / du rôle de mère / autrefois dévolues à la solitude » (p.11)
Oui, le voyageur qui veut aller loin commence par se retourner, et regarder le chemin parcouru. Ce sont les sentiers de l’enfance :
« Là-bas au-delà de l’horizon / un mirage dessine la côte/la mienne presqu’île du Cap vert / celle de mon royaume d’enfance ».
Et c’est le grand silence qui est ici évoqué, celui que l’on essaie d’oublier, mais qui reste là bien présent, et qui fait partie du voyage :
« Seule avec moi-même/ j’appelle un repos de l’âme / au cœur du silence murmure / pourtant une source vive » (p.16).
En ces quelques mots, en ces quelques strophes denses, pleines de sens et de musique, sans jamais hausser la voix, c’est tout un programme qui nous est donné, celui de la vie et de la mort, celui de la destinée humaine. Chacun de ces vers renferme, à côté du souvenir des peines, des difficultés, le courage et la volonté d’amitié et d’amour de cette Mère Courage qu’incarne si bien Dominique. Écoutons-la encore :
« Murmures à la croisée des chemins / d’étapes à franchir / source d’émerveillement ». (p.49)
« Tout ne peut être dit /même ressenti / le mystère demeure » (p.50)
Joseph Bodson