Jacques Goyens, Dialogue d’outre-tombe récit, éditions Le lys bleu (2026,74pages, 11,50 euros)

Malgré le titre et la couverture foncée le récit n’a rien de lugubre. C’est au contraire avec brio que le narrateur fait apparaître son père bien vivant dans quelques mises en scène proposées de façon crédible alors que l’espace et le temps n’ont plus la même signification pour le trépassé : « Quelques mois plus tard, je me trouvais à 1000 km de mon cadre de vie habituel. Mes préoccupations étaient liées à la nécessité de préparer un déménagement et donc bien éloignées de toute réflexion sur le sens de la vie, la mort et l’au-delà. Et pourtant, c’est là que se produisit la troisième apparition de mon père. Prisonnier de ma logique d’être incarné, je ne pouvais pas imaginer qu’il se manifesterait en un lieu où il ne s’était jamais rendu. C’était perdre de vue que, pas plus que le temps, l’espace n’avait aucune signification pour lui ».
Le récit sert très bien la cause de l’évolution du monde en quelques décennies, le narrateur, plus âgé au moment du discours que son père au moment du décès à peine dans la cinquantaine, rappelant dans ses propos les apports technologiques et donnant son appréciation sur d’autres sujets, notamment pour ce qui concerne la littérature ; « Aujourd’hui, quiconque se mettrait à écrire comme Boileau ou Chateaubriand n’aurait aucun succès. Nous sommes conditionnés par la vitesse et l’efficacité, ce qui influence notre style d’écriture. La phrase des contemporains est faite de propositions juxtaposées, à l’exclusion des subordonnées. Le risque est d’effacer les nuances de la pensée ».
Dialoguant avec l’invisible, l’auteur n’esquive pas, bien sûr, la grande question qui nous taraude tous et profite du moment pour esquisser, en partie, sa propre biographie relatant la chance d’être bien vivant : « Hospitalisé le lendemain, je fus opéré d’une appendicite. La hantise de la mort refit surface. L’alerte était sérieuse, mais le chirurgien fit le bon diagnostic et me tira d’affaire. Une nouvelle décennie s’ouvrait à moi sous de meilleurs auspices. La maladie et la mort s’éloignaient à nouveau. Je passai donc le cap de la cinquantaine dans un état de candeur retrouvée, m’imaginant que j’avais encore vingt ou trente ans devant moi, peut-être davantage, quasiment l’éternité ».
Les dialogues donnent un effet très visuel à l’ensemble du récit ressemblant davantage à un scénario où transparait parfois également un humour bien dosé : « Fatigué ! Comment un pur esprit pouvait-il être fatigué ? De mon, point de vue, la fatigue, qu’elle soit physique ou intellectuelle, est nécessairement liée au corps, aux muscles et au système nerveux ».
En lisant on ne peut s’empêcher d’imaginer d’autres rencontres tant le récit est crédible et, surtout, bien écrit.

Patrick Devaux