Patrick Devaux Un jour avant l’aube roman Édition Le Lion z’Ailé (2026, 76 pp., 14€)

Qu’il est bon pour le lecteur de retrouver Sébastien et Nathalie, les deux personnages principaux des trois précédents romans de Patrick Devaux. Avec lui, les romans sont poétiques et aériens ; ce dernier ne manque pas à la règle : après fermeture de la dernière page, flotte dans l’air une impression… juste une impression de douceur.

Sébastien est si proche de Patrick qu’on le croirait son double. Quant à Nathalie, elle pourrait représenter les femmes qu’il a rencontrées au cours de son existence et qui, par les souvenirs qu’il en a gardés, en deviennent rêvées et magnifiées. Dans ce dernier roman, l’histoire nous plonge dans la nostalgie d’un amour de jeunesse et de leurs retrouvailles quarante-cinq ans plus tard. Sébastien s’interroge sur le sens à donner à ce rendez-vous avec le passé. Tous deux ont grandi et mûri. Que reste-t-il de leur amour ?

« Des retrouvailles ont toujours leur part de regrets. Sinon ce ne seraient pas des retrouvailles, mais du vécu. Mais elles ont aussi leur part de bonheur. » (p.64)

Le récit passe d’une époque à l’autre sans transition et dans le désordre, à coups de flash-back, entre les années 1970 et 2015. Seule l’indication d’une année en début de chapitre donne la possibilité au lecteur de construire une histoire linéaire. Ces allers-retours incessants ont pour effet de suivre la pensée de l’auteur au plus près du jaillissement des souvenirs. Et pourtant, ceux-ci ont été malaxés, torturés et retravaillés pour offrir une nouvelle lecture d’un fait. Ne parle-t-on pas mieux de ce que l’on connaît ? De ce que le corps a vécu dans sa chair ? Et n’est-ce pas la maîtrise de l’écrivain que de transformer le réel ? Ou serait-ce l’inconscient qui dicte les mots ? Patrick s’interroge par l’intermédiaire de son personnage principal qui, comme lui, est écrivain :

« Sébastien se demandait bien ce qu’un éditeur pourrait penser d’un roman qui n’en était pas un et de souvenirs qui n’en étaient plus. En gros, trois ans de réflexion qui n’en étaient pas non plus. Le temps est un gros mensonge pour lequel, gribouillis aidant, on tente une sortie littéraire » (p.37)
« Tous les secrets, vrais ou faux, sont dans les livres. Combien sont-ils ainsi à tenter l’écoute sur l’étal des non-dits ? » (p.55)

Les souvenirs de 1970 sont teintés de rose. Les fleurs des cerisiers fleurissent dans la capitale. Avec Nathalie, la vie est romantique. Sans elle, Sébastien vit la misère en solitaire. Ils se sont perdus de vue à cause des obstacles qui ont traversé leurs chemins. Mais est-ce bien l’unique raison…
Le livre est aussi un hommage vibrant à l’épouse de Patrick/Sébastien, au pilier de son existence, à la femme de sa vie. L’aube ouvre les jours nouveaux dans la lumière et la complicité de cet amour indéfectible.

Catherine Berael