Laurence Legrand Les veilleurs Le pacte des solitudes , roman Odysseia (2026, 419 pages, 20 euros)
Avec « Les veilleurs Le pacte des solitudes », Laurence nous propose un roman où des mots comme « solitude » ou « rêve »,utilisés parfois trop couramment dans le langage quotidien, prennent tout leur sens.
Bouleversés dans leurs vies personnelles respectives des êtres à priori condamnés à la solitude, voire au dénigrement social, vont s’épauler les uns les autres de façon naturelle, presque sans intention. Les personnes en perte de repères sont amenées avec douceur et doigté à se respecter mutuellement et, presque en écho, vont donner un nouveau sens à leur vie jusqu’à devenir la perle rare attendue par quelqu’un d’autre ( Gabriel- Francis).
Si parfois « l’ego blessé refusait de se soumettre, effrayé de n’être rien, de rencontrer le néant » (Sandrine), la situation n’en devient que plus bénéfique ensuite en sachant toutefois qu’on « ne peut tirer sur une plante pour qu’elle pousse plus vite ».
Dans ce roman aux multiples croisements de vie et rebondissements la porte des rêves (cf Gabriel) ou des cauchemars semble également jouer un rôle activant parfois même une prise de décision. C’est bien l’évolution des personnages qui, outre l’intrigue, suscitera l’intérêt du lecteur parfois surpris des évènements.
On connait le goût de Laurence pour la maïeutique qui l’habite à susciter et à encourager des prises de décision dans le bon sens, notamment pour tout ce qui concerne les ateliers d’écriture.
Quand on croit comprendre les dénouements du roman on risque davantage l’étonnement que de se projeter dans l’une ou l’autre conclusion à laquelle on aurait pu penser, ce qui fait la force de cette écriture (Dimitri, Charles).
Ensemble en un même lieu les protagonistes au secours d’autrui viendront-ils, in fine, au secours d’eux-mêmes ?
Est-ce parfois à partir d’un renoncement que s’ouvre une autre porte ? : « Le jour où il songea devenir père, Dimitri fit l’expérience que l’acceptation de passer à côté de quelque chose d’important lui ouvrit une autre porte. Au moment précis où il lâcha prise sur ce désir, il sentit monter en lui un besoin d’accompagner les autres » (Dimitri).
De fil en aiguille les liens des souvenirs parviendront- ils à se dénouer en même temps qu’engendrer des situations nouvelles , après parfois le rappel de drames personnels ? (Sandrine).
Une incompréhension par rapport à une attitude peut bouleverser une vie à partir d’un geste , d’un non-dit ou d’un acte manqué : « Sandrine était estomaquée, un tel déni, impossible, il l’avait retournée comme une crêpe. Il la rendait donc responsable de son comportement, qu’il avait pourtant lui-même engendré par son soudain mépris » (Sandrine).
Dans ce roman où les protagonistes s’occupent des autres , corps et âmes, en idéalisant également un lieu commun servant de référence, la maison de Mamilou, Laurence nous rappelle que, sans les autres, nous ne sommes rien.
Sans doute trouverez-vous par vous-mêmes les personnes ayant cette propension à être « veilleurs », ces femmes et ces hommes qui veillent aux autres sans rien demander en retour. Avec elles et avec eux l’Humanité a de beaux jours devant elle.
Patrick Devaux