Monique Thomassettie Bouclier pensif poèmes et proses éditions Mon éveil (2026, 68 pages, 68 euros)

Emportée par la poésie qui canalise son énergie, Monique alterne dans ce livre récent vers et proses, se mesurant au monde tel qu’il est.
S’affichant avec une protection bienvenue, elle mesure le danger de schémas à éviter : « Je brandis un bouclier/ pour me protéger/ Devenue si fragile/ Mesurer mon expression/ Pour ne pas, à mon tout, agresser ».
On imagine bien le bouclier partagé fût- ce avec l’ange qui l’habite : sa poésie serait-elle donc elle-même symphonie « non inachevée » mais en évolution constante ? La création lui paraît par essence « inachevée », ouverture à autrui.
Monique « muse profond avec des expressions intenses » et si elle l’affirme elle-même c’est pour mieux sans doute se situer parmi les autres avec cet effet entraînant qui la caractérise bellement. Ne nous dit-elle pas que « les vrais poètes ne sont pas voleurs de feu » et que « le feu est en eux » ?
En deuxième partie, l’auteure agit en prise avec toujours cette précision et ces renvois à ses écrits précédents exerçant par ailleurs une excellente mémoire à faire surgir le détail ou le moment.
C’est un recueil « questions » et l’auteure s’y complaît : « Plonger dans ces questions qui grouillent, tels des damnés au plus profond de l’enfer. Les arroser d’eau de rose, voire de fleur d’oranger, et se raconter des histoires impossibles ».
Talentueuse en arts plastiques, Monique se rappelle en épicurienne : « Mon tableau exprimait, entre autres aspects colorés de ma personnalité, ma modérément dionysiaque tendance ».
Monique écrit souvent tout haut ce que d’autres n’osent même pas penser tout bas quand l’auteure, l’artiste espère une certaine reconnaissance respectant son travail, sa manière d’être au monde : « Il s’agit de mes manuscrits. Cependant publiés, s’ils ne sont pas protégés par la célébrité ou une publique reconnaissance, ils ne seront pas regardés ».
On ne peut mieux dire.

Patrick Devaux