Philippe Colmant Entre les ancres poésies éditions Le Coudrier (2026, 86 pages, 20 euros)

C’est à partir d’une aquarelle poétique de beauté à l’autre que Philippe interroge la mer et le ciel les mettant en symbiose rappelant parfois à travers ses lignes d’autres voix comme avec ces deux vers : « La mer est un printemps/ Toujours recommencé », songeant peut-être à Paul Valéry.
Porteur d’espérance l’auteur se projette dans un avenir positif alors que quelques images en noir et blanc comme autant de souvenirs rappellent le seau d’enfance qui « ne suffit pas pour écoper le monde ».
Les ports d’attache font ensuite office de lien entre les âges « alors que les flots se déroulent/ Et qu’à l’heure du crépuscule/ Sonne au cœur le glas de la vie ».
Le poète n’est-il pas un peu lui aussi cet homme « qui écrase le mégot de ses rêves dans le sable du jour » ?
La dérision du poète est sublimée par l’instant fugitif, celui qui brise la vague et l’élan inventif à raccourcir la durée et notre bref instant de passage offert au vent « qui s’affole » avec cette mer « qui cogne :dans sa fureur de vivre/Au risque d’en mourir ».
Malgré les drames in situ la beauté sort victorieuse à chaque houle suggérée entre « Vague à l’âme » ou « Vague à lame », la mer étant bipolaire, tantôt « jazz », tantôt « amnésique ».
Si on ne sait rien des amours de la mer on peut toutefois, comme le poète, se satisfaire de sa faculté de nous faire voyager entre nos époques de vie tel un livre ouvert à la lecture d’un vieux phare éclairant autant de marées intérieures sublimées par les photos de Véronique Lerin et Philippe Colmant lui-même.
D’une absolue lucidité Philippe nous rappelle notre condition avec une philosophie de bon aloi : « Après nous viendront des vagues/Puis d’autres vagues encore/Jusqu’à la grande marée/Qui frappera la muraille/Friable du souvenir/Pour mettre à bas nos egos/Et emporter leurs dépouilles ».
« Omnia vanitas » …mais il est important d’avoir le ton juste pour le dire et que la valeur des choses réside dans la fragilité car, en effet, quoi de plus éphémère qu’un mouvement de vague ?

Patrick Devaux