Dante AlighieriLe Purgatoire – Adaptation de Michel Ducobu et Pierre Laroche – Édition SAMSA 2025

Le Purgatoire est un travail de longue haleine, qui commence dans les années 1980, quand Michel Ducobu, travaillant à une adaptation de l’Enfer, se voit demander une adaptation du Purgatoire. Notre auteur s’attelle à la tâche. Pas facile d’adapter de la poésie italienne du 13e siècle en œuvre théâtrale, dynamique, dans un style actuel, sans trahir l’esprit de l’œuvre originale.
Il s’agit d’une œuvre catholique, mais l’adaptateur va élargir le propos en y ajoutant une touche d’humanité, insistant sur le libre arbitre, « qui fait la grandeur de l’homme ». L’œuvre aboutie est le résultat d’une collaboration intense entre l’adaptateur, le metteur en scène, Pierre Laroche, et les acteurs qui, au fil des répétitions, ajoutaient leur grain de sel. Il s’agissait de rendre le texte le plus vivant et le plus universel possible, tout en tenant compte des contraintes matérielles d’une mise en scène.
La pièce a été représentée en 1992, au TNT (Théâtre National de Belgique), et la description qui nous en est donnée au début du livre témoigne de ce qu’elle a été extraordinaire, au point d’avoir marqué les annales. Nous ne pouvons qu’imaginer… et espérer qu’un autre metteur en scène puisse un jour émerveiller le public comme son prédécesseur.
En attendant, nous pouvons apprécier le texte. Il se présente comme une suite de chants, où l’on voit Dante parcourir les niveaux du Purgatoire, guidé par Virgile. L’endroit nous est décrit comme une montagne à gravir, comportant sept niveaux illustrant les sept péchés capitaux, le plus grave étant l’orgueil, le plus léger, la luxure. À chaque niveau, un ange veille.
Dante parcourt les lieux sans être mort : il a une ombre, donc un corps, il respire, il n’est pas désincarné, comme tous ceux qu’il rencontre. L’original de la mise en scène, c’est qu’il est dédoublé. Dante 1 voyage en Purgatoire, Dante 2, immobile dans une nacelle qui s’élève au fur et à mesure, observe la progression de son double sur les corniches de la montagne. Cela donne une dimension onirique, qui n’est pas sans rappeler les NDE (expériences de mort imminente). Dante est de passage au Purgatoire, mais retournera à sa vie après ce périple au pays des morts.
Notre voyageur fait de multiples rencontres, personnages historiques ou personnes de sa connaissance. Ils échangent des impressions, les morts le pressent de parler d’eux à leurs proches, ils ont besoin de pensées, de prières, d’affection, qui les aideraient dans ce moment de souffrance, où ils comprennent et expient leurs erreurs. Dante leur prodigue conseils et espoir. Le Purgatoire n’est pas définitif, il est traversée, avec ce bien essentiel pour les morts en attente, lEspérance.
Le texte est constitué de dialogues brefs et denses, émaillé de nombreuses bribes du texte original en italien ancien, ce qui remet dans le contexte de la création par un Florentin du Moyen Âge, qui juge son époque à travers son œuvre.
L’ombre de Béatrice plane en filigrane, elle adjure Dante 1 de saisir le sens de ce qu’il voit, de se libérer de sa peur, et d’être le poète de ce qui se déroule devant lui quand il sera revenu parmi les vivants. Dante 2 s’exclame : Écrire encore ? J’ai fini mon chant. Tandis que Dante 1 se dit pur et prêt à monter aux étoiles.
Voilà un texte à la fois poétique et philosophique, rendant compte de la condition humaine par une intrusion dans un purgatoire imaginé mais vécu et ressenti comme profondément réel et riche d’enseignement.
Notamment cette attente, non pas au fond d’un gouffre, mais devant une montagne à gravir… l’espoir et l’effort menant à la réussite.
On appréciera aussi la figure de Béatrice, non pas la femme funeste, trop souvent présente dans les mythes et légendes, mais la femme qui sauve, guide et conseille, et l’amour qui humanise l’homme, que ce soit l’amour de Dieu, de la Femme ou du vivant.

Isabelle Fable