François Liénard Regina Maris éditions La lettre volée, préface de Jacques Darras (2025,122 pages, 18 euros)
Après quelques pas en “Joyeuse Entrée » rappelant un ouvrage précédent de l’auteur, celui-ci nous fait découvrir sa mer du Nord qui est presque également celle d’une génération dans la foulée d’autres ouvrages comme ceux de Michel Joiret , de Jean Jauniaux ou encore Jean Muno.
Borain, l’auteur est capable d’étonnants raccourcis : « Les maisons des pêcheurs hautes comme un homme et demi sont cousines de celles des mineurs, pareilles dans les rouges et les verts de leurs châssis mêmement écaillés, des toits de chaume de toute leur nature sur ces petits manoirs, ces champs sur pilotis moissonnés par les orages », idéalisant une rareté sauvée des « charognards en costume » tandis que « des pans entiers d’enfance s’écroulent sous les coups sans pitié des intempéries, des pelleteuses… ».
Soucieux du souvenir en mode détails avec force jokaris, rappel des luna parks et ballon en cuir « fatigué par le sable », l’auteur nous guide entre oyats, dunes « toundra lunaire » et photos polaroïdes de cyclistes célèbres affichées au-dessus du bar de la pension « Le Regina Maris » tandis que s’active aux papilles , et certainement chez le lecteur d’un âge raisonnable, l’idée du goût de la glace vanille de chez Verdonck faisant office de « madeleine de Proust ».
Souvenirs d’enfance entre « bibelots ostendais » et « sirènes », la mer est ainsi évoquée avec également tout un contexte architectural :« Pancarte didactique, sur la digue la tour/ du King Beach se dresse encore dans les/ Airs mille neuf cent trente du Casino, plus/ Loin on se cache sous le pier, avec la marée ».
Entre embruns et estran les souvenirs ,hoquetés et stylisés comme autant d’effets exclamatoires, font mouche à tous les coups tandis que la littérature elle-même, mélangée de mayonnaise surréaliste, n’est pas non plus oubliée : « Dans ce havresac il y a un sandwich au thon/ Mayonnaise frais dans ses citrons, des moules/ De Marcel Broodthaers, des poèmes de Hugo/ Claus, un carnaval d’injures de James Ensor/ Une procession chromatique de Roger Raveel », l’auteur rappelant l’enfant transpirant « à l’idée de devoir engouffrer le kilo de/ Bestioles encagées dans une casserole/ Celles emprisonnées dans leur coquille ».
Entre évocations de Louis Artan ou Victor Horta, le livre est également un vibrant hommage aux Arts étalés sur 62 kms de côte, cette ligne de temps devenue pour l’auteur « cette écoutille dans le bathyscaphe des/Songes ».
Patrick Devaux