Françoise Lhoir, Zinho roman éditions Academia (2026,218 pages, 20 euros)
Elise multiplie les fausses couches et l’adoption est envisagée, suppliant son mari qui finit par accepter mais à ses conditions : l’enfant devrait venir du Brésil où il a de nombreux contacts.
La romancière met en cause certaines procédures d’adoption, les créneaux possibles avec parfois d’horribles marchandages à partir de lieux en dehors de toute humanité : « Ils empruntent alors un des sentiers étroits qui serpentent entre les taudis. Cela grouille de monde, un monde hétéroclite et bruyant, de tous âges, de toutes races, de toutes couleurs. Des bébés, fesses à l’air, rampent dans la poussière. Assis sur des chaises en plastique, des hommes discutent devant leur bicoque. Bertrand exige un enfant sain sorti des favelas. De son côté Elise exige une enfant blanche ».
A Racife au Brésil Bertrand cherche la femme idéale alors que, peut-être, guette le danger : « Bertrand s’autorise enfin à respirer, ou plutôt à haleter. Son cœur canonne dans ses oreilles. Tout son corps est pris d’un tremblement débridé. De la main, il palpe sa cheville. Elle a doublé de volume. Ses pensées s’entrechoquent. S’il doit risquer sa peau chaque fois qu’il rencontre Cristina, non merci ! Elle est pourtant la femme qui conviendrait ».
Le roman va-t-il virer au polar alors qu’une jeune future mère est placée en « pouponnière surveillée » ?
De son côté Elise passe par tous les fantasmes maternels positifs possibles.
Mais la réalité sera-t-elle celle escomptée ?
Que cache son mari qui s’occupe de toutes les démarches au Brésil sans sa présence ? On peut se poser la question quand les futurs parents vont chercher l’enfant au Brésil et que… « Ils n’ont pas franchi trois cent mètres qu’une jeune femme aux longs cheveux lisses se jette presque sous les pneus du véhicule qui freine net. Ses supplications, ses yeux, tout son corps crient son désespoir ». On comprend le drame possible.
Le style est vif et les dialogues convaincants. On croit ce qu’on lit.
A travers le roman se pose la question essentielle de se préoccuper d’un enfant adopté, privé de ses racines. Par ailleurs, pour le cas précis, les racines sont-elles fiables à partir des dires de Bertrand ?
Ouvrage tissé psychologiquement et émotionnellement avec brio, sans doute documenté à priori pour ce qui concerne les méandres de l’adoption et de la filiation.
Une intrigue supplémentaire prend forme quand le bambin, vers 3 ans, se met chanter dans sa langue d’origine…
Rebondissements garantis jusqu’aux toutes dernières pages alors qu’un terrible soupçon prend progressivement forme dans l’esprit de la mère adoptive.
Que deviendra Zinho in fine ?
Patrick Devaux