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Jacky Adam, Des moulins et des hommes, tome 6: L’Ourthe du Condroz vers la Meuse. Des Moulins et des Hommes a.s.b.l.. Ortho 34b. B-6983 La Roche-en-Ardenne Tel. +32 (0)84 43 34 81

 

ourthe 001Jacky Adam travaille à cette somme depuis 17 ans…et la Wallonie, les amateurs de moulins et les autres, lui doivent une fière chandelle. Le succès de ses ouvrages est d’ailleurs là pour le prouver. Pour chacun des moulins échelonnés depuis les sources des deux Ourthes, il a établi la liste des propriétaires successifs,  rencontré les propriétaires actuels, retracé l’histoire des moulins, des meuniers, de leur famille…Un véritable travail de bénédictin, et c’est toute l’histoire de sa région, depuis l’origine parfois (que l’on songe à ces meules que nos ancêtres allaient chercher jusqu’à La Ferté-sous-Jouarre, en Brie, dès la plus haute antiquité, ou encore aux vieilles légendes qui se rapportent aux moulins…)

Mais c’est aussi une histoire d’amour, amour d’un homme pour sa région, pour  ceux et celles qui l’habitent ou qui l’ont habitée. Et, contrairement à ce que certains pourraient croire, cela n’a vraiment rien de ringard: dans plusieurs endroits, la roue du moulin a été rétablie, depuis la parution du volume consacré à leur moulin,  et le moulin s’est remis à tourner. On en revient assez souvent , aux énergies naturelles, aux produits vendus directement par les cultivateurs. Cependant, le meilleur exemple est certainement Mérytherm, établi sur le site d’un ancien laminoir d’Esneux: Michel Everard de Harzir a créé Mérytherm en 1996, une petite structure pour faire le traitement thermique, et l’a vendue par la suite à Niels Duchesne. D’où naîtra un bureau d’étude spécialisé en hydroélectricité. La nostalgie n’est pas nécessairement stérile…

Mais c’est aussi, et cela me paraît essentiel, une ferveur et un sens très développé des responsabilités sociales, du rôle qu’un meunier, tout comme un fermier, doit jouer dans les périodes de guerre et de disette. On a trop souvent confondu, dans les villes, les fermiers et les profiteurs de guerre, ceux qui se sont enrichis par le marché noir. Les gens de la campagne savent bien, eux, qu’il y avait parmi eux les bons, les braves, et les autres. Et que les braves étaient de loin les plus nombreux. Ainsi, bien souvent, les fermiers fermaient-ils les yeux quand de pauvres gens venaient glaner hors de la période autorisée, ou même couper des épis, arracher des pommes de terre en cachette. Des moulins tournaient parfois toute la nuit pour moudre les quelques épis qu’apportaient les glaneurs. L’exemple est même cité d’un fermier/meunier obligé d’acheter lui-même des denrées, parce qu’il avait tout donné. Les femmes ont joué là un grand rôle, aussi bien celles qui partaient à la recherche de denrées que celles qui les aidaient à en trouver. Il faut citer aussi, bien sûr, ces jeunes gens fusillés par les Allemands, ou cet industriel de la meunerie mort en déportation, pour avoir voulu aider les Alliés.

Personne n’est ici laissé de côté, jusqu’au moindre valet, et aux tailleurs de meules, et ce sont des figures émouvantes, attachantes, qui sont ici évoquées, le plus souvent par leurs descendants.

Le livre n’a cependant rien d’une hagiographie: les nombreuses photos, noir et couleur, y mettent de la vie, et les schémas, les explications techniques sont très éclairants sans verser dans une érudition trop poussée. Les anecdotes, elles aussi, les petits faits vrais, sont très nombreux et savoureux. Citons-en quelques-uns pour terminer: p.37, on voit les soldats américains pêcher à la grenade et vider ainsi la rivière de ses poissons.  p.68: Haroun Tazieff dans la Résistance en Ardenne, puis étudiant la géologie à Liège. p.70: La fameuse méthode wallonne, dans les moulins à fer, qui sera employée jusqu’en Suède. p.75: la roche Amabonde et les trésors du chanoine d’Hauzeur. p.77: les célèbres brigands Magonette et Gena. p.150: un propriétaire catholique oblige son meunier libéral à changer de parti. p.183: à Hout-si-plout, les clients du moulin devenu auberge vont faner avec le propriétaire. Par la suite, de nombreux étudiants de Louvain, chassés par les flamingants, y fondent une université fantaisiste. Parmi eux, Gabriel Ringlet. p.240: le fils de meunier, Nandrin, qui veut s’instruire, et va tous les jours à pied à l’école, de Dolembreux à Liège, et plus tard, une fois par trimestre,  jusque Curegem, toujours à pied. Ce sera l’origine de la firme Nandrin, marchands de farines, qui prendra une extension assez extraordinaire. Et puis, le dernier batelier de l’Ourthe, les haleurs…On songe au beau roman de René Brialmont.

Le livre se terminera par un hommage à Fernand Michel, mais Jacky Adam nous annonce, pour dans deux-trois ans, un ultime volume, de pièces rapportées, pour ainsi dire, de rawètes, mais n’est-ce pas avec les restes que l’on fait les meilleurs dîners? Et ce n’est pas tout: il prévoit pour suivre des ouvrages qui nous raconteront la vie des forains…

Un grand merci à Jacky Adam, qui a bien mérité de son pays, de sa région, et qui a célébré comme il convient les petites gens qui ont fait sa prospérité, qui ont fait régner dans nos villages l’entr’aide et la solidarité. Son entreprise est au-dessus de tout éloge, et la Wallonie a grand besoin d’ouvriers pareils à lui.

Joseph Bodson