Joseph Bodson La fête au canari poèmes Labelpages, 64 pages, 10 euros, 2025

Si Joseph pense faire la fête au canari, il fait également la fête à une sorte de raccourci de temps mêlant la sensation immédiate au « souvenir » de l’homme de Cro Magnon.
A faire s’envoler un marchand de ballons on peut rêver d’une touche de surréalisme tandis qu’un côté nostalgique prend également bonne place entre les mots « à la Prévert » : « rue de la Mélancolie/ Il y a un grand hôtel triste/Ceint de larges grilles/ Une cour abandonnée/Où le vent, comme à regret/Egrène son chapelet/De feuilles mortes/Une cour/Une petite porte/Et puis la chambre nue et le grand lit/Où reposent nos amours mortes », le genre de texte qui eût pu être mis en refrain pour Barbara, par exemple. Démonstrations que tout peut faire farine au moulin pour le chant du canari.
Entre ombre et lumière transparait cette espérance d’harmonica rappelé aux mots/lèvres de Carlos de Radzitsky.
Si Joseph écrit des mots, il les écoute également et surtout ce qu’ils ne disent pas car « c’est pour d’autres temps pour d’autres cœurs/Que les arbres ont noué leurs fleurs ».
C’est que « la vie tout doucement » convient bien à Joseph, poète patient aux gestes et notamment à ceux d’antan : « Tu cherchais sans la trouver/Au fil de l’Heure au point du jour/Une Sambre d’aurore et d’aventures/Une Sambre de nos anciennes amours/Celle de l’acier et du charbon/Et des chalands et des sentiers ».
Entre oiseaux « avec la plume bleue d’une mésange charbonnière » et les arbres noirs Joseph caresse la lente aiguille de minuit souhaitant « bonne nuit (aux) amis du silence prochain » tandis qu’il peut se rendre très jeune avec une prenante tendresse : « Amour beauté jeunesse/Je t’appellerai Ecureuil-Chrysanthème/Eglantine Aubépine Combien-je-t ’aime/La douceur de tes bras la rondeur de ton épaule/Je t’appellerai Tendre/Tendre et puis rien d’autre ».
Joseph n’est pas, dit-il, au « nombre des morts ». Entre découverte et espérance il y a, in fine, ce jaillissement qui dure : « Tu avais dans les mains deux brins de paille/qui flambaient/Doucement t’élargissant de lumière/Et j’ai gardé ton visage dans la nuit ». Quelle belle image !
Le texte me reste, après lecture, comme un hommage à la femme, à la maternité, à ce qui perdure et comme un peu d’optimisme à partager avec les générations qui vont suivre ; « Je suis seul ce soir dans ma chambre/Mais je sens vivre autour de moi/Tant de présences/ Que je ris d’espoir/Seul dans le silence » On devine le canari chanter et j’ai songé également au pauvre canari des mines.

Patrick Devaux