Luc Dellisse, Contre-Plongées,nouvelles, éditions Lamiroy (2025, 188 pp, 20 euros)
L’ouvrage comporte 24 nouvelles, que l’auteur appelle aventures. Il se défend en outre d’avoir écrit un recueil. Dans la quatrième de couverture, il nous explique sa démarche. À l’instar du plongeur dont la remontée est tout aussi importante que la descente, l’écrivain, après avoir exploré les tréfonds de la conscience, retrouve la vie ordinaire dans toute son étrangeté. Sa vision du monde en est transformée. D’où le titre Contre-plongées : Ce qui compte c’est d’inverser l’appel des profondeurs, de remonter vers la lumière en tenant un trésor, un simple tesson, entre les dents. De crever de la tête la surface, pour examiner au grand jour les tessons de ma vie, dans leur couleur originelle (page 26).
Ainsi dans le Tram 4, le narrateur raconte un trajet en tram, quoi de plus banal ! Mais ce trajet est émaillé d’une succession de petits événements qui rendent l’aventure particulière. Ensuite, lorsqu’il rentre chez lui, il vide ses poches, comme s’il voulait se débarrasser du menu vécu de la journée. Mais il s’aperçoit bien vite que ce vécu le poursuit. Il s’interroge : quel est le sens de tout cela ? En apparence, il n’y a aucun lien entre les attitudes des quelques voyageurs qu’il a observés, et pourtant il pressent que tout cela est lié.
Je songe ici à Nadja, d’André Breton. Dans ce récit, le narrateur rencontre dans une rue parisienne une jeune femme au regard mystérieux. Il la revoit, la perd de vue et la retrouve à plusieurs reprises, comme si le destin s’ingéniait à leur ménager des entrevues. Dans ses aventures, Luc Dellisse ne réitère pas ses rencontres à la manière de Breton, mais ses interrogations sont les mêmes. S’agit-il de coïncidences liées au hasard ou au contraire d’un plan dont la logique nous échappe ?
Tout au long de ces 24 nouvelles, divers thèmes sont abordés : la quête de la notoriété, la mémoire, la liberté, l’amour de jeunesse, le temps, les voyages, la musique. Mais tous ces thèmes ont un point commun : la rencontre dans ce qu’elle a de plus inattendu, mystérieux, personnel. Et toujours en contrepoint se profile l’invisible : C’était vraiment le signe que quelque chose se passait en coulisses (page 77).
Et puis il y a aussi la rémanence de Proust dans cette exploration effectuée par Luc Dellisse : Mais cette exploration de moi-même, à la recherche de mes galions perdus, n’aurait jamais pris toute son ampleur ni toute sa force sans un moment d’émotion imprévisible, survenu au bord de la mer, et qui unit dans mon souvenir l’aventure sous-marine et l’angoisse amoureuse (page 9). L’auteur a trouvé là sa madeleine.
Luc Dellisse est romancier, poète et nouvelliste. Il a également publié des essais, dont Le Monde invisible et Le Temps de l’écrivain. Il a été élu à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, où il a succédé à Jacques de Decker.
Jacques Goyens