Marcel DETIEGE, Soleil couchant, Editions Michel frères, 2025, 96p. Préface de Jean-Loup SEBAN et Frédéric VINCLAIR.
Detiège, érudit, romancier, critique, de temps à autre nous offre des poèmes. Non des poèmes datés, codifiés, modernes (ou qui se veulent modernes) mais de vrais poèmes où la langue est mise à l’honneur par ses trouvailles, son lexique rare, sa rythmique (due aux vers très brefs), ainsi dans le droit fil d’une poésie classique, qui aime à développer en poèmes denses des thèmes forts. Ici, la mort, la ferveur pour l’autre (l’ami, la mère, l’épouse, l’inconnu), le chagrin d’être encore de ce monde, l’acuité du regard qui ne se donne aucune foi ni religion ni fausse promesse.
Les poèmes, assez longs, épuisent une thématique profonde : que laisserons- nous de nous ? quelles traces ? quels bonheurs ? La mort est déjà là, au « soleil couchant », et la perte nombreuse : tant d’êtres y sont passés, certains oubliés, d’autres retenus dans les laisses des poèmes chéris.
Les titres des textes disent assez l’exactitude d’un moraliste, parvenu au grand âge, et qui parsème ses aphorismes au gré des poèmes, « on s’épargne le dépit/ De s’être manqué à soi ».
Cinglant à son endroit, le poète décortique sa vie, ses relations, son rapport à l’écriture, ses hantises, ses attentes. Il s’inflige toute l’analyse d’un expert en sentiments, qui ne soient ni bons ni faciles ni mauvais, simplement tracés à l’encre amère du raisonnement juste. Detiège, sans doute plus philosophe qu’il n’y paraît, nous plonge ainsi dans le recueil de ses tourments, de ses questionnements féconds, au terme de sa tristesse (mot de la fin).
Un très beau recueil, parfaitement classique, aux résonances parfaitement actuelles, qui traite des grands sujets sans jamais perdre de vue leur expression poétique : fluide, sincère, authentique.
Philippe Leuckx