MARTINE ROLAND , POMME DE REINETTE et POMME d’API, roman, éditions MEO (214 pages, 2026, 20 euros)
C’est avec un certain brio que Martine Roland active les personnages de « Pomme de reinette et pomme d’Api », la chanson devenant véhiculaire entre situations et protagonistes aux caractères complexes et aux circonstances souvent marginalisées, avec également mis en situation les milieux de la drogue et de la prostitution.
On ne s’arrêtera pas à la lecture d’un roman policier ordinaire, l’écriture de l’auteure maniant les codes et les genres entre le roman psychologique lui-même et l’écriture en parallèle, un carnet relatant les évènements à partir de Camille, la narratrice.
Personnage sans doute principal, Oscar, autiste et schizophrène, tient un rôle majeur dans cette histoire à rebondissements presque jusqu’à la dernière ligne.
La formation de la romancière, philologue, n’y est sans doute pas pour rien.
L’écriture devient nécessaire à Camille pour décrire les scénarios en cause et sans doute pour en imaginer d’autres.
Martine va loin dans ses idées et réflexions à proposer des situations différentes pour une sorte de réalité augmentée où on ne sait plus bien où se trouve la vérité.
Le lecteur finit par douter de tout, à l’attente de résultantes changeantes ou postposées ce qui nourrit les intrigues.
Un roman doit-il avoir une solution, un dénouement, ce qu’on attend généralement d’un roman « policier » ?
La sorte de dualité de l’auteure s’exerce avec un talent certain à tout envisager sans presque rien dire et sans en rajouter.
Le roman se vit de l’intérieur davantage qu’il ne résout une enquête.
Brady, frère d’Oscar, le frère autiste, va-t-il pouvoir juguler la dépendance affective qui les unit ? : « Brady était satisfait. Un nouveau centre venait de s’ouvrir à la périphérie de la ville. La prochaine étape consistait à demander au Juge de Paix l’administration de la personne/…/ il voulait enfin déléguer à une tierce personne toutes les charges qu’il avait assurées depuis trop longtemps pour Oscar : sa prise en charge complète, l’orientation ou la réorientation, si nécessaire de sa vie, son suivi médical et son bien-être en général ».
Si mort d’homme ou de femme il y a, saura-t-on vraiment avec certitude comment les faits se sont produits ?
L’écriture permet beaucoup et à partir du roman ou du récit dans un carnet les pages sont-elles crédibles, pour le dénouement, de la même façon ?
Patrick Devaux