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Michel Stavaux, Les Régaux, poèmes, éd.Muse, 2017

Ce qui frappe, dès le seuil de ce recueil, c’est une évidente noblesse, une hauteur de ton, bien rare aujourd’hui. Un poète conscient de sa mission, de son devoir d’homme et de poète: restaurer cette dignité, justement, et aussi cette innocence, que nous avons perdues, et la dignité du poète, de sa démarche, de sa quête, telles qu’on les trouve, par exemple, chez Saint- John-Perse, ou Pierre-Jean-Jouve.

Rien d’étonnant dès lors si très tôt le lecteur se trouve plongé dans une ambiance qui pourrait être celle du paradis avant la faute, dans l’innocence des éléments, des anges, des pierres, de toutes les bêtes, de toutes les plantes. Un monde fait de sérénité, mais aussi animé d’une crainte sourde, avec le retour lancinant d’autres évocations, celles de la chute, de la perte du bonheur initial.

Animaux familiers/Assis dans ton regard/Accroupis dans ta voix/           Cheval ailé//Loups/De la forêt des proverbes/                Lion/Fidèle comme l’herbe//Ciel d’Asie taureau/Nouveau encornant le soleil/Dressé au centre se mouvant/Vers le Sud l’Ouest le Nord/Fabriquant le temps/Qui est tout maintenant/Son pelage couvrant le pays d’ici/Où est le voyage/Autour du tombeau du cœur le patient.

Et ce sont tous les bestiaires familiers ou fantastiques qui sont ici convoqués, depuis Pline et Esope, à travers tout le Moyen-Age des merveilles, La Fontaine,jusqu’aux bestiaires familiers de Louis Pergaud et de Maurice Genevoix.

Mais l’homme, me direz-vous? L’homme est là, toujours, assumant son rôle, à grande peine, jusqu’à ce que son corps lui-même en soit marqué Pourtant tu demeures semblable à ton visage/Malgré le lent écoulement de la face/Du soleil brûlant les schistes. Et, plus loin::D’attendre la passe peut-être/Laisserais-je dans la glaise/Jusqu’à la pluie prochaine/L’empreinte de mes genous. Car l’homme est un homme d’aguet, et la chasse elle-même fait partie de l’équilibre de cette terre, qu’on le veuille ou non.

D’où ce superbe Péan: Au sommet de la colline/La volonté du feu/D »enflammer le vent//Tel est mon nom/Puisque le vent/Est un dieu guerrier//Enfant sauvage/Pareil au temps//Tel est mon nom. Ainsi se trouve et est définie la place, la position de l’homme et du poète.

Le phénix, les dragons eux-mêmes sont évoqués en cette coulée de métaphores qui se muent parfois en allégories, comme celle du Cavalier liégeois, roi de fantasy.  Le temps, lui aussi, travaille à la ruine de nos espérances, de nos ambitions, et Aucun chant n’épuise le vif.. Oui, tout semble emporté en un puissant remous, où les éléments, les fables, les dieux et les démons concourent à l’exaltation et à la souffrance.

Un long poème? J’ai plutôt envie de parler d’une tapisserie chatoyante, où la pourpre de la souffrance se mêle aux verdures de la forêt. Une sorte de Dame à la licorne rediviva. qui nous entraîne, de hallier en hallier,jusqu’au bleu des montagnes lointaines.

Rien d’étonnant si, après cela, c’est l’envers de la tapisserie qui nous est montré, notre monde soi-disant moderne, où la sottise côtoie sans cesse la turpitude, et des Commentaires sur le poème de Maître Eckhart: l’homme tient et comptrend/ les promesses de dieu. Oui, la création du monde, c’est devant nous qu’elle se tient, et non derrière, restaurant la fidélité au monde et à la pierre d’où nous sommes venus, et la grande amitié de la nature.

Joseph Bodson