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Michèle Vilet, Un lent départ, Merlin, Déjeuners sur l’herbe, 2015, 82 p.

Voir décliner la compagne ou le compagnon d’une vie est une épreuve douloureuse. C’est aussi l’apprentissage de l’acceptation d’une fin forcément, férocement inéluctable. Sur ce sujet, délicat si on désire éviter le pathos mélodramatique, Michèle Vilet a écrit des pages explicites en leur apparente simplicité.

Elles ont, souligne Paul Roland dans sa préface, « valeur de cheminement, celui du deuil, de la séparation, de l’au revoir » mais aussi « de désir de comprendre et d’accompagner ce qui est, jusqu’à un certain point, incompréhensible dans la souffrance d’un être qui perd son autonomie ».

Les textes sont plutôt courts. Chacun est comme la photographie d’un moment de vie. Ils répondent en quelque sorte au balisage des véritables photos de Jacques Vilet qui a saisi l’auteure, son compagnon, des membres de la famille.

L’écriture est à la deuxième personne du singulier. Car c’est d’abord à son homme qu’elle parle dans ce qui est, finalement, un soliloque par fragments. L’écriture est aussi constellée de phrases interrogatives. Car Michèle s’interroge sur lui, sur elle, sur les autres, sur la vie, sur le vieillissement, sur la mort. Car lui aussi, lorsque revient une certaine lucidité, se pose des questions sur ce qu’il oublie, sur l’absence ou la présence des siens, sur la confusion qui s’installe petit à petit, inexorable.

Pour le lecteur, chaque morceau est un segment d’existence qui permet de reconstituer en partie la biographie du malade, sa personnalité, son caractère, son enfance durant la seconde guerre mondiale, sa relation avec celle qui vit à ses côtés. C’est un partage d’intimité, pudique, sincère, presque nu parce que nullement encombré de détails descriptifs, d’anecdotes futiles.

Il s’agit avant tout d’un cheminement aux allures de constat. Un véritable accompagnement extérieur qui s’efforce d’être le mieux possible intérieur, au plus près de ce qu’un être peut ressentir en tentant d’être en symbiose avec celui confronté à la maladie.

Le texte, comme la réalité qu’il approche, se trouve au croisement entre croire et douter, enfance et sénilité, action et inertie. C’est le moment où « des neurones s’éteignent dans ton cerveau comme dans le ciel à la fin de la nuit s’éteignent une à une les étoiles ». C’est également la révélation que « l’art du silence que la guerre t’avait appris retrouve une nouvelle fonction, celle de ne plus rien changer au chemin que tu as parcouru ».

Michel Voiturier