Rose-Marie François, Én-ochô vins l’ payèle, Un os dans la poêle, Crombel, boulevard Roulier, 1, 6000 Charleroi, 2025.

Comme le dit l’auteur en avant-lire, « il s’agit d’une pièce en trois actes, ‘à jouer sur scène ou à la radio/à lire seule ou ensemble ) »
En effet, si le cadre est celui d’une pièce de théâtre, avec ses affrontements, ses péripéties, ses rebondissements, ses suspenses, – ô combien inattendus, cette pièce est également une histoire d’amour, un récit fabuleux, mais encore un plaidoyer ardent pour la défense de nos langues régionales, et spécialement du picard.
S’il me fallait ranger Rose-Marie François dans un style artistique, ce serait, à n’en pas douter, le baroque, tant est grande la virtuosité de son écriture, sa variété, les couleurs, la chaleur des dialogues…Je ne vais pas vous raconter l’histoire, ce serait la déflorer. Je tiens surtout à insister sur la richesse du vocabulaire, la virtuosité des réparties, et, par-dessus tout, sur la chaleur de son plaidoyer pour nos coutumes, les chansons populaires, l’ écriène – la veillée au coin u feu. Les Picards, comme les Wallons, ont la tête près du bonnet – mais se réconcilient vite – et tout finit toujours par des chansons.
Ecoutez-la donc, pp.68-69 :  » J’vas vo contèr ‘n-n-afére, ène istwâre vécûe qu’èm mé t’not dè s’grand mé. On nè l’ troûve nié vins lès lîves mès tous les gins d’ Tulègne, d’Enègne, d’Inzi, èd’ Tchèvrègne èt ôtes fôboûrs l’ont coûnûe. C’ét pindant l’guére quarante, ô tamp dès-èrsat’. On f’sot d’ tout avè tout’… Én biô joû, ène fème ès’décîde à r’laver sès ridôs. A ç’tamp là, on n’avot nié d’ machine a lavèr, on f’sot trimper l’ bwée vins n’ne cuvièle dè zinc…
(Je vais vous raconter une histoire, une histoire vécue que ma mère tenait de sa grand-mère. On ne la trouve pas dans les livres mais tous les gens de Thulin, d’Hainin, d’Hensies, de Quiévrain et autres faubourgs l’ont connue. C’était pendant la deuxième guerre mondiale, au temps des ersatz. On faisait de tout avec tout. Un beau jour, une femme se décide à laver les rideaux. À ce temps-là, on n’avait pas de machine à laver, on faisait tremper la lessive dans une cuvelle de zinc) »
Et voilà, je vous l’avais dit, c’est parti, même si le lard qui frîle dans la poêle a tout de même une drôle d’odeur…
C’est parti et cela nous mènera loin, bien loin, en Chine, et dans les temps les plus lointains, car justement, la Chine vient de signer enfin la paix avec la Sicile. C’est que dans les contes, tout est possible, même la paix. Avec des rondes d’enfants, et de bien belles chansons. On èst borègne, ou on n’l èst nié…

Joseph Bodson
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