Véronique Bergen Le collectionneur roman éditions Onlit (2025,262pages, 22,99 euros)
L’auteure s’attelle, dans ce roman, à une préoccupation majeure du XXème siècle, mêlant l’histoire de l’art et la fiction : à la mort de son oncle Andreas peut-il se contenter d’un héritage d’œuvres spoliées sous le Troisième Reich alors que lui-même tente d’être reconnu comme artiste très inspiré par la présence d’Eva : « Chaque jour, les heures durant, nous gagnons la mezzanine, demeurons assis au sol, entourés des joyaux de la honte, deux Cézanne, un Sisley, un Emil Nolde qu’Eva affectionne tant, un Monet, un Braque… » ?
On devine Andreas tiraillé entre le fait de détenir des œuvres liées au pur plaisir de l’Art ou de remettre, d’une façon ou d’une autre, les œuvres en circulation ou encore aux héritiers légaux.
L’auteure passe , avec brio et de façon documentée, en revue les lieux de détention des œuvres et comment certains tentèrent de les mettre à l’abri : « A Eva je montre tout/…/ Je lui brosse les portraits des résistants à qui l’on doit le sauvetage de milliers d’œuvres d’art. Membre de la Résistance, franc-maçon, directeur des Musées nationaux, du Louvre, durant les quatre mois qui précédèrent l’entrée en guerre, Jacques Jaujard organise le sauvetage, la mise à l’abri d’œuvres inestimables exposées au musée du Louvre, issues de collections d’art publiques et privées, orchestre le déménagement de la collection de Maurice de Rothschild, fait sortir du Louvre des milliers d’œuvres, La Joconde, l’immense toile de Géricault, Le Radeau de la Méduse de 5 M X 7M, impossible à rouler ».
L’intelligence de l’écrivaine fait littéralement parler les œuvres qui deviennent toutes des objets de culpabilité.
Véronique évoque par ailleurs le viol à travers le personnage d’Eva subissant l’outrage et ce qui en résulte dans la situation du couple avec Andreas.
Roman à plusieurs étages donc tous menés avec brio alors que les effets émotionnels sont eux-mêmes très bien rendus : « Je suis un procrastinateur multirécidiviste, un panaché d’Hamlet, d’Oblomov, une victime du démon qui me pousse à remettre mes actions à plus tard. Je vis sous l’influence de la superposition quantique du « oui » et du « non ». Face aux démarches complexes qui m’attendent, comprends que je prenne peur. Sans doute devrais-je opter pour l’abandon de la collection dans un musée, une galerie, ni vu ni connu… ».
Le roman frise l’essai historique à biens des égards. Se préoccupe également de situations contemporaines quand l’auteure évoque, parfois en parallèle, la bande de Gaza et Israël. La plume de Véronique est particulièrement convaincante et le suspens également bien rendu. Après avoir conservé les œuvres pendant une décennie, Andreas va-t-il, et entièrement, réparer les crimes de l’Histoire ?
Patrick Devaux