Jean Hamblenne, Mwaîjes Rèscontes, Jean Hamblenne, BP 19, 1420 Braine l’Alleud, 5 €, 2,50 plus 2 de port ,
jeanhamblenne@ymail.com
Jean Hamblenne ? Une poésie toute simple, proche parfois de la prose. Une poésie pour tous les jours de la vie. Didactique ? Je dirais plutôt : satirique. De lui aussi, on pourrait dire : Castigat ridendo mores. Il châtie les mœurs par le rire. Oui, mais..la première victime, c’est lui-même. Un humour parfois grinçant, parfois souriant, mais plein de finesse, sous une écorce un peu rugueuse. Ecoutez-le plutôt, d’emblée, dès le premier texte, Passadje d’one Blanke Dame (Passage d’une Dame Blanche):
On p’tit ome a passé / Avou s’ tchapia à flotche. /’L aveut dès gros solés / On p’tit paletot tot rodje. //Èst-ce qui c’èsteut on-andje / Èvoyî pa l’ Bon Diè / Po m’rimète su lès plantches / Èt m’ fé roter pus drwèt ?
Un petit homme est passé / Avec son chapeau à floche./Il avèt de gros souliers / Un petit paletot tout rouge. // Est-ce que c’était un ange/ Envoyé par le Bon Dieu / Pour me remettre sur mes pieds / Et me faire marcher tout droit ? (trad.JB)
Et les passages vont se succéder, Passadje d’one macrale, Passadje do Diâle, Passadje d’on grimancyen, Passadje dès cwârbaus, Passadje d’on vî Bribeû, Passadje do leup…jusqu’au Passage di…tot, et nous avons laissé de côté la couleuve, le chat-huant, la vieille araignée, la chauve-souris. On se croirait presque chez La Fontaine, avec une petite morale parfois bien mordante, on est dans la satire plutôt que dans la fable. Mais tout est bien qui finit bien, par le Passadje di…tot:
I sont tortos là pad’vant mi / Tos lès /cias qui m’on v’lu cobouter. / Totes lès bièsses qui m’ont v’lu agnî ; Lès diâles qui m’ont v’lu èmwinner. // Èst-i possipe qui su pont d’timps / Dj’eûche vèyu ostant d’ laîdès djins ? / D’awè oyu ostant d’ bwagnes contes/ Èt fé ostant d’ waîjès rèscontes ? // Min tot compé tot rabatu, /Dji n’ so nin mwârt ni co burlu./ Dju douve mès ouys. Li nêt èst yute./ Vo-m’ rilà dins mès-abitudes. // Dju m’dispièrtéye. Dji so è m’ lét. / Li solia lût. Dj’aveu rèvé.
Ils sont tous là devant moi Tous ceux qui m’ont voulu malmener / Toutes les bêtes qui ont voulu me mordre, / Les diables qui ont voulu emmener. //Est-il possible que sur peu de temps / J’aie vu autant de mauvaises gens ?/ D’avoir entendu autant de racontars / Et fait autant de mauvaises rencontres ?// Mais tout compté et recompté,// Je ne suis ni mort ni aveugle// J’ouvre les yeux. La nuit est passée./ Je retrouve mes habitudes. // Je me réveille. Je suis dans mon lit. /Le soleil luit. J’avais rêvé.
Est-ce la réalité qui est le rêve ? Ou le rêve qui est réalité ? C’est le vieil Horace, et le brave La Fontaine que j’ai appelés à l’aide au début de ce compte-rendu ? Ce n’est pas une mauvaise compagnie, même s’ils pratiquaient des genres un peu oubliés. Dans le domaine du wallon, il en va un peu de même. Mais Jean Hamblenne entre dans la fable avec beaucoup de maîtrise, et le lecteur n’en sort pas indemne. Il se réveille en se frottant les yeux, et en se demandant si, oui ou non, la vie est un songe.
Joseph Bodson