Guy Delhasse, Liège, au fil des mots et du tram, Promenades littéraires, éd. Academia, 200 pp., 19 €.
Un guide ? oui, et même plus qu’un guide : c’est, ou presque, une déclaration d’amour à sa ville que nous livre ici Guy Delhasse. Sotto voce, rien ne lui échappe, ni le bien, ni le mal. Même si Liège est riche en écrivains, on peut aussi la décrire en suivant le métro (enfin !), Guy Delhasse nous dévoile les secrets de sa ville et pratique : choisissez la station que vous préférez, vous aurez en main plus qu’un répertoire, en voiture, suivez le classement par station, par promenade, par titre de livre, par nom d’auteur, par ardeur (impossible de ne point y passer), par ouvrages- sources, et même par remerciements aux auteurs- sources et aux livres- concurrents. Un humour bon enfant, qui pratique aussi l’auto-dérision avec une grande maëstria..
Et il y est fait mention aussi bien des petits, des sans-grade que des vedettes comme Simenon. Voulez-vous que je vous en cite quelques-uns en vrac ? Caroline Lamarche, Christian Libens, René Hénoumont, Alexandre Dumas, Graham Greene, Alexandre Dumas, Carlo Bronne, Bernard Gheur, Laurent Demoulin, Robert Delieu, Armel Job, Giuseppe Santoliquido, Patrick Roegiers, Alexis Curvers, Francis Goff, Bernard Caprasse, Carton de Wiart, Paul Dresse, Luc Baba, Gaston Compère, Béatrice Libert, Christian Jamart, Marcel Thiry, Nathalie Boutiau…J’en passe, et des meilleurs. Ah oui, Jean-Luc Outers, mais lui il m’a fait un croche-pied : son livre s’intitule : Mon nom ne vous dira rien.
Mais je m’en voudrais de ne pas vous donner un exemple du style Delhasse : un style tout piétonnier, toujours prêt à partir en ballade, quand ce n’est pas en vadrouille. C’est tout son charme. Ecoutez- le donc, sous l’enseigne de Calatrava :
L’existence littéraire d’une gare de cette ampleur risque d’être plus longue que le bâtiment conçu par l’architecte espagnol au style réputé « futuriste ». De fait, se retrouver dans un roman traverse le temps alors que le réel semble plus limité : Des trois gares précédentes, il ne reste que des photos et quelques phrases éparses dans des romans oubliés. La quatrième restera-t-elle plus longtemps ? Difficile à dire. Selon le texte ravageur de l’architecte Virgil Declercq paru dans son essai « Héritages » en 2024, cette gare dite « Calatrava » n’ira pas plus loin que 2060, soit donc 50 ans. L’auteur de ces lignes sera-t-il encore sur rail pour vérifier ces sombres prédictions ? On ne peut être plus modeste.
Allez, une dernière, pour la route, sous la bannière Agatha Christie et ses fantômes, p.65 : La grande, la célèbre Agatha Christie est-elle passée à Liège ? Elle a, en tout cas, raté l’arrêt de son Orient-Express puisqu’elle fait monter Poirot sur une autre ligne. Pourtant, Agatha connaît Liège ! Elle a placé un café liégeois dans son roman Les Quatre, elle a même signalé que Poirot a obtenu des succès dans une enquête à Liège dans une savonnerie, deux fois dans une nouvelle et un roman…Incroyable donc ! Sans doute qu’elle connaît Liège par les origines liégeoise du père d’Hercule Poirot, un commissaire de Herstal nommé Jacques Hamoir. Elle utilise ce détail dans Le lion de Némée. . L’enquête complète a été développée dans l’ouvrage Les recettes du polar sauce Lapin.
En avant donc. Les voyageurs pour Liège, en voiture !
Joseph Bodson