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Adeline Dieudonné, La vraie vie, L’Iconoclaste, 266 pages.

Jeune auteure de 35 ans, Adeline Dieudonné fait une entrée tonitruante dans le monde littéraire avec son premier roman, qui a déjà reçu le Prix Fnac et le Prix Filigranes, et se voit sélectionné pour les plus prestigieuses récompenses françaises.

L’histoire de La vraie vie peut, à première vue, sembler très éloignée de la vraie vie, justement. Elle tient à la fois du conte, du fantastique et du récit pour ados. On y voit le père, homme immense, avec des épaules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de géant… On y voit la mère, terrorisée par le père, femme maigre, avec de longs cheveux mous. Une amibe… On y voit Monica, femme solitaire vivant dans une vallée creusée par la griffe d’un dragon, capable de remonter le temps et de provoquer un orage, mélange de science et de magie… On y voit un quartier triste, où les habitations semblent hurler la solitude de leurs occupants… Tout cela raconté par une petite fille qui aime les sciences, les animaux et son petit frère, qu’elle protège de l’atmosphère orageuse (c’est le cas de le dire) de la maison, entre le silence de la mère et les coups du père, pour qui la vie, en dehors de son métier de comptable, se résume à chasser, tuer le plus de bêtes possible, conserver leurs cadavres empaillés dans une chambre, manger de la viande crue, boire du whisky et regarder la télé.

Dans cet univers dominé par la bêtise et le terrorisme paternel, la vie se déroule donc, pour la narratrice, comme un long fleuve pas tranquille du tout. Une vie que bouleversera un jour un terrible accident, dont elle se sent un peu responsable et qui enlèvera à tout jamais le sourire du visage de son frère. Une vie qui, se dit-elle, ne peut pas être la vraie vie.

Aussi décide-t-elle de partir à la recherche de cette autre vie, de la vie vraie qui, sans nul doute, doit bien exister quelque part. Et c’est ici que ce conte apparemment fantastique prend de la hauteur, s’envole vers une quête de valeurs humaines et se fait récit initiatique. Ce serait criminel de raconter l’histoire ou d’en dévoiler les ressorts : ce serait agir comme le père, tuer le lecteur et son plaisir de lecture. Plaisir, oui, car malgré l’horreur des faits et la noirceur de certains personnages, on se plaît à suivre ce petit poucet philosophe dans son apprentissage de la vie, de ses beautés et de ses drames, à travers la nature, les animaux, la sensualité et un insatiable appétit d’apprendre et d’étudier. Le temps passant, la petite fille devenant adolescente apprivoisera ce qui, finalement, se révélera comme la vraie vie : une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames qui vous attirent vers le fond.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, le roman n’est pas manichéen et les personnages sont habités par des forces qui les tiraillent. Même le père, ogre monstrueux, pleure en écoutant une chanson de Claude François ! On pense à cette pensée de Pascal, essayant de définir l’homme : S’il se vante, je l’abaisse. S’il s’abaisse, je le vante. Et le contredis toujours. Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible.

 La langue qu’Adeline Dieudonné met dans la bouche de sa jeune narratrice est une langue (faussement) parlée, cinglante, imagée, apte à dénoncer sans détours les pires atrocités et à savourer délicatement les îlots de bonheur. Et si certains épisodes sont un peu appuyés, on n’en tiendra pas rigueur à l’auteure d’un premier roman, qui hésite quelquefois, comme disait Henry Bauchau, entre la peur du trop peu et la tentation du trop. Il y a fort à parier que, pour les livres à venir, Adeline Dieudonné saura choisir le trop peu, laissant à son lecteur un espace de liberté, une part d’intelligence du texte.

                                                                                                          Jean-Pierre Dopagne