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Benoît Reiss, Notes découpées du japon, encres e Chine de Junko nakammura, éd Esperluète, 2018.

Les titres qui offrent une double interprétation me laissent rêveuse. Le premier mot de « Notes découpées du Japon », titre du livre de Benoit Reiss illustré par Junko Nakamura et publié aux éditions Esperluète, peut se comprendre comme notes de musique, ce qui serait vrai et juste, mais aussi, et ceci est l’intention de l’auteur, comme impressions fugaces, petites touches captées au jour le jour d’un pays mystérieux, qui ne se livre pudiquement qu’après des années de cohabitation silencieuse : le Japon.

« Si un jour tu veux raconter le Japon, prends des ciseaux, coupe des petits et des grands morceaux et jette tout en l’air » nous confie l’auteur en page 7 avant de nous emmener en promenade. Et l’on suit cet homme, Benoît, que l’on imagine grand gaijin entouré d’une multitude de sourires polis, dans sa découverte tâtonnante d’un monde épuré à l’extrême.

Que découvrons-nous à travers ces notes ? Du tragique ? Du dramatique ? Du drôle ? Ou la douceur du quotidien, mystérieux comme un haïku, indolent comme une carpe koï nageant à la surface de l’eau, serein comme un jardin de cailloux Zen. Ces pages, faites de petits riens que les noms en japonais habillent, certes, d’exotisme, nous rappellent que notre vie à tous, de ce côté-ci du globe pareillement, est faite de respirations, de nonchalance, de détails, que courir après les sensations fortes camoufle le bonheur de vivre en pointillé.

Ainsi se déroule la vie sereine de l’auteur attentif, curieux, à petits pas oserais-je ajouter, rappelant ceux des geishas qui glissent pareillement dans les estampes japonaises ou les rues de Kyoto. Hors du temps.

Chaque page se termine soit par un paragraphe blanc, des blancs qui sont autant de passerelles qui font rêver, se souvenir si l’on a visité le Japon ou deviner ce monde aux antipodes du nôtre. Ou alors par les beaux dessins de Junko qui habillent avec amour la page de noir avec une application des calligraphes de son pays. L’on imagine dans sa main le pinceau épais, posé fermement sur le papier qui boit un peu de son encre, puis le tracé net, sans hésiter pour coller aux mots, les ourler de son image.

« Je passe un moment penché sur le présentoir à regarder ces cartes postales : sur chacune la vision se dérobe, glisse, chaque image est en même temps plusieurs, et je sens qu’à force de les examiner, ces cartes ouvrent en moi un passage par où s’échappe un faisceau de désirs ; il va dans toutes les directions, vers toutes les rencontres possibles » écrit l’auteur en page 72. Il en est de mêmes des notes de ce petit livre, à la fois poésie et impressions de voyage, dont chaque relecture dévoile un subtil détail, une nouvelle observation faite pour nous au Pays du Soleil Levant.

Isabelle Bielecki