Ce 1er mars, en 2002, décédait l’écrivain Thomas Owen ( témoignage de Mireille Dabée).

À tout seigneur tout honneur… Le Prince du Fantastique s’est éteint le 1er mars 2002 à Linthout.
Je lui ai dit au revoir une demi-heure avant son départ. Des amis bouddhistes m’avaient dit qu’il fallait que je lui parle pour l’apaiser avant le grand départ, que je dise les mots qui, d’après eux, libèrent ceux qui se retiennent de partir, sans doute parce qu’ils pensent qu’ils ne peuvent abandonner ceux qui restent. J’ai, comme les jours qui précédaient, fait un curieux parcours, au-delà de la conscience, dans les couloirs de l’hôpital, comme menée malgré moi là où je devais aller.
Il faut avouer que j’ignore, encore aujourd’hui, comment j’ai pu, jour après jour, sans poser de question à personne, trouver les chambres où on le déplaçait, jusqu’à la dernière, sans numéro, sans nom, anonyme, improbable, celle de la fin.
Il était allongé sur le côté droit, respirait encore doucement. Des fleurs jaunes avaient été placées sur la table, qu’il aurait pu voir une fois encore, s’il l’avait eu un dernier regard sur notre monde.
J’ai dit les mots. Qu’il avait fait tout ce qu’il avait pu dans sa vie, que je le remerciais pour ces vingt années de vie menées au jour le jour, qu’il pouvait se libérer de nous tous, que c’était l’ordre des choses ici-bas, que jamais aucun de nous ne l’oublierait.
Je suis partie, épuisée, Tout était au-delà de mes forces. J’avais fait au mieux pour ne pas perdre pied, ne pas tomber, lui faire honneur.
Je suis allée à la Foire du Livre de Bruxelles, comme un zombie. Croisant Jacques Franck, je lui ai dit que c’était la fin. Il a averti Francis Matthijs, un journaliste ami de Thomas.
Ce premier mars 2022, vingt ans plus tard, j’ai partagé une phrase avec les amis.
Beaucoup m’ont répondu.
Je retiens ceci, d’Alain Miniot, de Gilberte Eulaerts et de Michel Joiret.

Alain Miniot :
« Comme c’est curieux. Ce matin, je suis passé devant la Bibliothèque Thomas
Owen à Schaerbeek, rue de Roodebeek. Faisant des recherches sur le
Grand-Hornu pour le journal ‘Le Borain’, je suis tombé ce matin même sur
un article disant qu’on avait tourné dans ce lieu un court métrage tiré d’une
nouvelle fantastique de Thomas Owen en 1965 ! Il me semble qu’elle faisait
partie de la ‘Cave aux Crapauds’ . Et je me souviens qu’on en avait parlé au Grenier aux Chansons chez Jane Tony, avec Nanou Gallée, Alain Viray et Georges Depestel.
Puis, ce souvenir de Mireille !
HASARD ! Non je ne crois pas. »

Gilberte Eulaerts :
« Non, pas hasard, synchronicité. »

Michel Joiret :

« Thomas Owen face à Gaston Compère au Groupe du Roman. lls étaient drôles tous les deux, et peut-être sans le savoir. Thomas gardait fidélité au Groupe et un parfum d’amitié flottait dans l’air. Ou plutôt un sentiment diffus de ‘reconnaissance’, de type ‘Tu en es ? J’en suis ! Bienvenue ! Frickx dirigeait le groupe d’une poigne de fer, avec le sérieux de l’époque. L’air était doux, on avait des projets communs, Jean Muno parlait ‘décalé’, Gaston Compère jouait au ‘faux ingénu’, Anne Richter suçait toujours un bonbon, Thomas semblait filer une laine qu’il était seul à démêler. Puisque nous pensons à lui aujourd’hui, je retiens de lui nos rassemblements ‘logistiques’, ceux des cahiers du Groupe, nos personnalités singulières (évidemment!) et une inexplicable envie d’être ensemble. »

Article de Mireille Dabée

Ci-dessous copie de la page de couverture de « Pitié pour les ombres »  ( nouvelles, 1961, éd La Renaissance du Livre)  et de la dédicace à Jean Ray  (ouvrage détenu actuellement par Patrick Devaux)