Roland Ladrière La danse universelle poèmes éditions Le Taillis Pré (2026, 75 pages, 16 euros)

Le poète active un univers personnel et onirique où s’activent les bruits du monde : « bien malin qui peut dire/le vrai nom des choses/quand tout le monde/parle en même temps ». Les mots s’entrechoquent comme autant de rapprochements inattendus rappelant parfois les surréalistes. L’œil passe d’une image à l’autre comme autant de mini reportages avec des évènements qui semblent ne rien à voir entre eux.
C’est donc cet effet un peu kaléidoscope qui anime l’idée universelle avec une ambiance imprégnée de mouvements précis touchant à des arts différents mais cohabitant entre eux alors que la fonction artistique est régulièrement court-circuitée par la réalité la plus quotidienne : « Rentré tard à la maison,/ le cracheur de feu/trouvait sa soupe trop chaude ». La beauté surgit ainsi de l’inattendu. L’auteur invite parfois l’une ou l’autre sommité historique ou littéraire à son langage où quelqu’un aurait « changé le sens des mots ». Le regard et la référence paraissent ainsi parfois utilement remis en cause. L’auteur semble nous rappeler que les instants historiques, littéraires ou artistiques font partie de nos interruptions quotidiennes, chaque évènement imprimé sur la rétine devenant autre chose, ramené, d’une façon ou d’une autre, à l’Art, telle cette approche de « l’infirmière de nuit » : « Elle était seule à cet étage/et des éclats de lumière rouge sang/la réclamaient dans le couloir/aux faïences lisses ». Les grands noms sont ramenés, eux, à des réalités très physiques : « Renoir/les doigts perclus/d’arthrite/à l’aide de linges/entourant sa main/colorait le monde/de fleurs et de chair nue/La guerre/lui avait pris trois fils/mais son chagrin/n’appartient qu’à lui » C’est ainsi que l’Art se confronte à la réalité.

Patrick Devaux