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Véronique Roppe, L’écriVeine ou comment le virtuel s’allia à la poésie , roman poétique,, éditions du Rapois, 2018

Deux personnes s’échangent des mots, des phrases, des idées via les réseaux sociaux.
La rencontre, forcément fortuite, se précise crescendo suivant les idées qu’ils se font l’un de l’autre, chacun accentuant ses positions en fonction du portrait qu’il/qu’elle s’en fait par clavier interposé :

« H : Toujours en forme ?
V : Oui, j’ai craint un instant d’avoir fait fuir le poète-papillon ».

La réserve de l’un n’a d’égale que la passion progressive et dévorante de l’autre :

« V : J’ai fait le premier pas, je crois, et même les cent suivants. Je ne vous ai pas fait signe tout bas, ce n’est pas dans ma nature, hélas. Je suis en attente de vous, de vos sages réponses à mes mails enflammés. Il est un aspect de ma personnalité que vous devez connaître : j’ai besoin d’aimer, d’être aimée, et ce, dans chaque aspect de l’Amour… »

Effectivement, les clichés amoureux seront repris. C’est que de l’Amour Courtois de Chrétien de Troyes à l’évocation de Richard Gere, pour le Virtuel, il n’y a qu’un pas : celui de l’image que l’on souhaite donner de soi pour en avoir, de l’autre, un retour positif. Le jeu de la séduction sera total comme dans la vraie vie mais avec pour théâtre plutôt le cliquetis du clavier idéalisé que le claquement de porte.

L’auteur maîtrise la langue avec brio ; avec aussi le tour de force de rester accessible dans des langages psychologiques différents, suscitant presque une sorte de thérapie croisée en se servant d’une réelle politesse de la langue qui nous ramène à une époque de maturité de celle-ci. On la devine coutumière d’une certaine éducation épistolière où rien n’est brusqué, où rien n’est excessif.

Cependant, le ton soi-disant « bon-enfant » n’a rien à envier à la passion dévorante qui s’installe progressivement dans le concept de la protagoniste féminine. L’intrigue, maîtrisée à fond, et sans presque rien dire tout en suggérant des scenarii possibles, avec quelques mots parfois mis accolés dans l’idée générale de ce que tout un chacun peut reconnaître s’il a déjà pratiqué le réseau dit « social », nous mène à un dénouement autant extraordinaire qu’inattendu et qui pourtant procède entièrement de la part fictive agissant en nous quand il s’agit de nous idéaliser auprès d’autrui pour plaire.
Dans la vraie vie, le masque finit par tomber.
En se rapprochant, ces deux êtres en recherche s’exposeront-ils davantage ? La distance parcourue par les claviers n’a d’égale que le surplace de leurs positions respectives :

« V : Envie de… Envie de tenir votre visage entre mes mains. Simplement suivre légèrement du bout des doigts les cernes bleutés qui approfondissent votre regard. Effleurer vos lèvres ouvertes ».
L’érotisme, latent d’avoir effeuillé l’autre, aura-t-il raison des corps ?

« H : Vous êtes tellement sincère dans ce que vous écrivez que je n’ai aucun doute sur vos sentiments et ressentis. On ne peut exprimer ce genre de révélation qu’en se mettant à nu. Petit à petit, vous allez vous dévêtir sans pudeur pour que je puisse de plus près écouter battre votre cœur…Merci de votre don ».

Portée dans son libre cours, l’imagination peut-elle donner une dimension supplémentaire à la réalité ? Affaire à suivre…

Patrick Devaux