Jean-Pierre Vander Straeten, Chronique d’un étudiant à Louvain au temps du Walen Buiten. L’Harmattan, 2016,155 pp, 16  €.

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Récit de vie, ou plutôt récit de jeunesse, dans lequel beaucoup de lecteurs se reconnaîtront. Un jeune qui grandit dans une famille plutôt harmonieuse, de classe moyenne, à Waterloo. Un récit plutôt lisse, sans effets de manche, d’une quotidienneté tempérée par l’humour. L’école, la famille, les copains…La redécouverte de souvenirs que nous avions un peu perdus de vue, nous aussi, une certaine naïveté, la foi en la vie, en l’amour, et déjà, comme un avant-goût amer des désillusions.

Ce qui tiendra, bien sûr, le plus de place: Louvain/Leuven. Des manifestations, assez tôt, des étudiants flamands qui réclament la séparation. Mais dans un premier temps, ce qui le préoccupe, ce sont les études – il s’assied, assez significativement, à mi-pente dans les gradins, et, naïf, loupe un rendez-vous avec une jolie étudiante. Il la retrouvera néanmoins, p.42, dans une MG. Un certain goût du luxe, de l’aisance, qui ne le quittera pas. Mais ce n’est encore qu’un coup d’essai. Un goût prononcé aussi pour la modernité: le surréalisme, la musique nouvelle, Stravinski, mais aussi les chansons à la mode.

Les premières affres, bien sûr, l’arrière-plan, pour beaucoup, de la vie estudiantine. L’argent: on triche un peu, on se débrouille. Et surtout, surtout, les premiers examens. Là aussi, il se tiendra à mi-pente des gradins, en se réservant de briller plus tard. La science économique, c’est tout de même assez ardu. Et puis, les Amis du Film seront remplacés par les Cahiers du cinéma, les longues discussions avec les copains, et la rencontre de Clémence, les études en commun. Le chahut de Michel Polnareff, les relations communautaires de plus en plus tendues. Quelques professeurs marquants, comme Léopold Genicot, fortement engagé, avec Mgr Massaux, dans la défense de l’université. Mais le départ deviendra inéluctable, suite aux prises de position des évêques flamands. Première prise de conscience de la politique.

Suivront le mariage, la belle-famille, un certain goût du luxe dont il ne se cache pas, le départ des facultés vers Louvain-la-Neuve, qui pose des problèmes cruciaux, comme le partage de la Bibliothèque. Et le livre se terminera sur une citation d’Hugo Pratt, la Ballade de la mer salée, dans l’atmosphère retrouvée de l’université à Louvain-la-Neuve. Mais oui, ce furent de belles années…Et Jean-Pierre sait les évoquer, regrets tempérés, encore une fois par l’humour, avec une légèreté de touche, un clin d’œil au passage, qui est comme sa marque de fabrique…

Joseph Bodson