Renaud Denuit Contre la médiocrité politique chroniques européennes volume I (sur III ) (274 pages, 2025,25 euros) éditions L’Harmattan (Questionner l’Europe)
Dans ce premier volume, Renaud Denuit constate l’état politique, économique et culturel de l’Europe avec parfois le ton d’une mise en garde : « Réfléchissons bien avant de balayer les projets alternatifs. Ne perdons pas trop nos énergies en discussions académiques, car le temps semble désormais compté. Si notre Union persévère, avec les mêmes méthodes, sur la trajectoire qu’elle a prise, nous pourrions bien nous retrouver, vers la fin de cette décennie, avec de vigoureuses « Aubes dorées » dans une majorité de nos pays. Et quand ceux-là auront les clés de la maison, il sera trop tard car ils y auront mis le feu ».
Parmi d’autres choses intéressantes rappelant le Brexit et le Grexit, l’auteur constate également le bilan culturel européen global, les institutions européennes n’ayant pas toujours eu l’image requise à augmenter sa réputation dans la bonne direction.
Renaud Denuit rappelle que la « Convention culturelle européenne » est ratifiée par une cinquantaine de pays alors que l’Europe des Six, au départ, n’avait que des intentions économiques motivées par la reconstruction d’après-guerre .
A partir des années 80, s’intéressant à l’audiovisuel, la France de Mitterrand prend des mesures en faveur du livre. On connait la suite alors qu’un Conseil des Ministres « Culture » s’active sous l’impulsion de la Grèce avec les premiers échanges dans le cadre des « villes culturelles européennes ».
Restant optimiste quant à l’avenir de nos institutions européennes, l’auteur prône la revitalisation européenne à l’appui de mesures communes concrètes. C’est bien sûr la sagesse même évoquée par l’article « Et si le bon sens reprenait le dessus ? » passant là en revue la gestion des situations migratoires, un des points clés des futurs possibles engageant l’avenir attaché à l’Etat de droit, Renaud suggérant une revitalisation du Conseil « Affaires étrangères » par un abandon adéquat de l’unanimité, pour « une effectivité législative du socle des droits sociaux ».
L’auteur constate également une culture traitée en soubresauts la suggérant avec optimisme comme « vaccin possible contre les brutalités banalisées, simplismes démagogiques et raccourcis haineux » rappelant la citation de Monnet : « Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes ».
Les volumes II ET III chroniquent « Les sursauts de l’union » et « Entre révolte et espoir » , l’auteur extrapolant ses recherches de façon parfois très globalement et avec une approche économique avérée comme avec cet extrait repris du sous-titre « de l’économie circulaire » : « Dans les années 1960, des économistes encore minoritaires prirent en compte la finitudes des ressources terrestres, l’immensité du gaspillage et des déchets de toute sorte ainsi que l’impact de l’activité industrielle sur l’atmosphère et le climat ». Le Club de Rome sonna l’alerte en 1972 sur les limites à la croissance.
Les chroniques intéresseront très certainement des enseignants, les étudiants en sciences humaines ou économiques et chacun qui veut en savoir davantage sur notre belle aventure européenne passée et surtout à venir.
A la lecture des différentes périodes s’étalant jusqu’en 2023 on comprend les différents enjeux alors que la guerre, en Ukraine, est aux portes de l’Europe et que la question migratoire reste déterminante pour notre avenir commun. Extrait de « Sur l’état de l’union » : « La question migratoire n’est nullement réglée. Durant la semaine passée plus de 8000 migrants sont arrivés à Lampedusa. Les autorités italiennes sont débordées et se sentent lâchées par l’Europe, surtout après le refus allemand d’en accueillir. Le paquet législatif du pacte migratoire, sur la table depuis septembre 2020, est encore loin d’être totalement approuvé. L’accord du 8 juin au Conseil sur la solidarité avec les pays de première entrée et les procédures d’asile aux frontières est contesté par la Hongrie et la Pologne./…/ S’agissant de la solidarité avec l’Ukraine, celle de l’Europe centrale a démontré ses limites… »
On comprend plusieurs façons de voir l’Europe, l’auteur ayant cette formule « Ainsi va l’état de l’Union en sa dure réalité » après avoir évoqué la Hongrie et les sondages commandés par le Parlement européen sur les intentions de vote.
L’avenir nous dira la suite…
Patrick Devaux