Claire Légat Promenoir des déracinés poèmes Jo François Peintures éditions Claire Légat (2025)

Après avoir rappelé l’enfance « ayant charge », l’auteure reste attentive au monde tout en constatant ce bilan : « j’ai reçu j’ai rendu/ j’ai donné mes baies/aux passereaux/ mes noisettes aux écureuils/ ma chair et mon sang à mon enfant » proposant un temps passé fusionnel avec quelque chose de plus ouvert, vaste « répertoire des roselières ».
Si la poète peu se considérer « hors-pistes » lui incombe la persistance de la crédibilité, ce qui ne souffre d’aucun doute chacun pouvant mesurer sa globale et répétitive appartenance.
La poésie de Claire se mesure à tout ce qui n’est pas dit, au fusionnel ressenti habitant une globalité bien comprise alors que ses mains elles-mêmes ne sont que gestes d’offrandes pour cette « escalade en solitaire/ vers/ les années-lumière », son expression poétique extrapolant une certaine universalité.
Le « promenoir des déracinés » ne manque pas d’attention à étançonner l’éphémère, à sur inventer le bon mot au bon endroit alors que « le ciel palpite sans preuve ».
Le vocabulaire est précis à façonner l’œuvre avec le ciment poétique à l’endroit juste tout en étant à l’abri des ponctuations alors que cette poésie use de polices graphiques différentes adoucissant ou augmentant les volumes jusqu’à murmurer la question de savoir si nous avons (avons-nous) « prévu une seconde de réserve pour l’éternel adieu ».
Une sorte de genèse globale émane des constats révélant permanence, fusion charnelle avec la créativité dans son ensemble alors que l’auteure s’adresse à un tiers : « Je m’avance vers toi/ comme au bord de moi-même/ et devenir l’autre/ Je t’offre cet anneau/ gage d’infinitude ».
Uni à la terre de concert, Jo François, avec ses peintures, acquiesce le mouvement de ce que dit Claire. Le duo s’exprime en harmonie, en cadence et surtout en rythmes systoliques là où le langage typographique rend le coup de pinceau orchestral.
C’est « la ride en fleur », belle image bourgeonnante, que l’auteure caresse l’éternel printemps de la poésie, évoquant cette « ascension en sablier », allusion à un temps qui, au lieu de filer entre les doigts, aurait cette faculté de remonter le courant.
« Si j’ose je revendiquerai les stigmates/ de l’extrême/ la/ syllabe égarée/archivée pour la postérité » nous dit Claire.
Nul doute de la trace laissée à surprendre les pas en partance pour le « promenoir des déracinés ». Les peintures de Jo François, elles, semblent arracher l’eau au feu à moins que cela ne soit le contraire.

Patrick Devaux