Elisabeta Bogàtan, Mes leçons sur le labyrinthe, préface de Michel Bénard, poèmes, éditions des Poètes français, 16, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris, 72 pp, 15 euros.
Un livre de chevet, pourrait-on dire. Ou mieux, une philosophie de la vie, en poésie. Mais très personnelle. Et un livre qui tient plus de la confidence que de la morale.
Le titre déjà : celui d’une expérience personnelle, dans un domaine ardu et compliqué, ce qui explique et convoque ce titre, mais aussi les illustrations, et surtout, la mise en demeure de chacun des poèmes. Prométhée devant le labyrinthe. D’où, bien sûr, l’exergue : « Dans un monde où tout est relatif, tout a plusieurs sens, tout est interprétable, tout a plusieurs faces parmi lesquelles on s’égare, l’homme cherche la voie vers la lumière. C’est la quintessence ».
Et la forme même, l’ossature, de chacun de ces poèmes, est déjà indication, témoin de cette avancée. Ainsi, dans le prologue : « de mon œil droit je vois/le chemin/dans le labyrinthe//c’est l’œil qui rit//de mon œil gauche je vois/le haut mur/qui le serre/c’est l’œil qui pleure. » Démocrite et Héraclite. Jean qui pleure et Jean qui rit. Plus qu’un jeu, ou un système, une claire vision de l’écheveau de la vie, qui va se dénouer au cours des pages suivantes.
Ainsi, à la page 13, l’une des plus achevées de ce recueil : « tout labyrinthe/est au-dedans de soi//tu m’as dit//et je suis restée/embarrassée//comme si/je comprenais/pour la première fois/cette ancienne vérité//et soudain/des nostalgies/déchirantes/de la lumière/d’au-delà des limites/se sont enflammées//de la lumière débordée/sur d’innombrables/labyrinthes/parmi d’innombrables/réponses/à la même question/posée« .
On pourrait presque dire : thèse – antithèse – synthèse, mais les images poétiques viennent là recouvrir – recouvrer – les aventures de la connaissance, de la sagesse. Et chaque poème, comme un rouleau déroulé, déploie la somptuosité de ses images : « le chemin vers la lumière » (p.16), « cherche la lumière/à l’intérieur de toi/ une goutte de la première lumière » [p.18), « et en hâte/tu ne vois même pas/que c’est un ancien chemin/et tu penses/être ton propre chemin » (p.20), « car terrible/est la solitude/au carrefour » (p.24), « accroche- toi à toute/joie/à toute lumière/terrienne/ ou non terrienne/surgie en pensée//en parole surgie ».
Et ainsi avance ce recueil, comme toute épopée, comme toute randonnée, avec ses chemins perdus, retrouvés, reperdus…car ainsi va la démarche de l’homme. « Chaque homme dans sa nuit/marche vers sa lumière », disait déjà Victor Hugo. Mais chaque homme n’est-il pas le rêve d’une ombre ? Ou plutôt l’ombre d’un rêve ? Mais la démarche elle-même, avec ses peines et sers joies, ses défilés obscurs et ses vastes horizons, n’est-elle pas en soi, et par soi, la raison de vivre ?
Joseph Bodson