Françoise LISON-LEROY, Haute transhumance, Esperluète, 2026, 72 p., 15 euros. Très belles images de Francesca SCARITO.
En petites séquences de prose poétique qui ébauchent la « transhumance » du titre, la poète tournaisienne poursuit son travail sur les émigrés de l’intérieur, nos frères les hommes. Dans le vocable même, il y a la perception sensible, terrestre, de l’humanité foncière que l’être développe, ressent, partage.
En trois étapes (« Terre », « Un pas plus haut » et « Si loin« ), on franchit les cimes, les talus, les « nues insondables« , « nous n’en finissons pas de partir » ou « Nous traversons des cercles de craie, des océans dont les vagues fuient sans nous repérer ».
L’humain ainsi rameute l’essentiel, l’essence de ses parcours, sans « âge« .
Il est aussi question d’embruns, d’enfance, de frères et soeurs, de périples, de « nageurs terrifiés« , « de « foule des rescapés« . On sait à quels naufrages contemporains ces mots font allusion.
Françoise Lison-Leroy nous donne des leçons d’humaine condition sans hausser le ton ni verser dans un moralisme de guingois. Elle sait trop bien la défiance à l’égard des mots qui seraient trompeurs, peu fidèles à la réalité.
Aussi, le lecteur de cette « transhumance dixième sens des peuples » fait siens tous messages de concorde à l’usage des désespérés, des « enfants des cavernes et autres silencieux« .
La poète est sensible aux corps des éprouvés, à leurs voix qui murmurent désolation et plainte.
Sommes-nous toujours du côté des laissés-pour-compte » ? Sommes-nous toujours du côté des esquifs traceurs?
La poète, dans une langue sans apprêts, simple, mais incisive, déroule son chant d’empathie.
Un très beau livre.
Philippe Leuckx