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Bleri Lleshi, L’amour en temps de peur, essai, Editions Nowfuture, 15 euros

Bleri Lleshi est philosophe politique, éducateur, professeur à l’UCL. Il est à l’origine d’une campagne contre le racisme ordinaire en Flandres, via la récolte de témoignages sur le racisme de tous les jours dans les réseaux sociaux. Son livre, d’abord paru sous le titre original « Liefde in tijden van angst », avait rencontré un grand succès dans le nord du pays.
L’auteur part d’un constat : nous vivons dans une « société de la peur ». Il explique – en se basant sur une série de récits concrets – que cette « société de la peur » est née vers la fin des années 1970 avec l’apparition de la crise et des inégalités croissantes. On a peur de tout, écrit-il, peur (surtout les jeunes) de ne pas compter aux yeux des autres (notamment à cause d’une société de consommation hautement matérialiste), peur de l’insécurité économique et aussi politique (les attentats), peur de la précarité à tous les niveaux, comme la peur de perdre son travail (dans une société où l’on mesure tout à la performance), peur de l’inconnu, des étrangers, des réfugiés, peur du changement, peur de n’être pas reconnu, pas assez « beau » selon les standards, etc., des peurs qui sont encore accentuées par les politiques et les médias.
« Vaincre la peur est le début de la sagesse », assurait Bertrand Russel. Les peurs paralysent, ne font pas avancer, et il faut s’atteler à les vaincre ; une société où règne la peur n’a pas d’avenir.
Pour surmonter ces peurs, il faut s’attaquer bien sûr aux problèmes socio-économiques, mais pas seulement. Chacun peut les combattre de son côté, et en particulier, en s’ouvrant aux autres.
C’est l’Amour qui aidera à triompher des peurs, c’est le credo que Bleri Lleshi porte de conférence en plateau télé et dans ce livre. Originaire d’Albanie, il y a grandi en pleine période communiste. La pauvreté, les difficultés qu’il rencontre aujourd’hui auprès des jeunes et de leurs familles bruxelloises, Blerim Gjonpalaj (de son vrai nom) les a vécues de l’intérieur, dans sa propre famille. Et c’est surtout l’Amour de ses parents qui l’a aidé à surnager.
Le philosophe propose une définition du véritable amour : celui qui implique, qui engage véritablement, fait grandir, et qui commence par l’amour de soi ; c’est ce lien précieux qui se tisse entre les personnes, non pas seulement au sein d’un couple, mais dans les familles, entre amis, et plus largement encore, entre humains. Le livre regorge d’exemples de gestes qui traduisent ce véritable amour au quotidien. Comme cette enseignante, aujourd’hui pensionnée, qui retrouve l’un de ses anciens élèves, un garçon venu d’Albanie avec ses deux frères. Ils se trouvaient tous les trois complètement isolés dans la cour d’une petite école flamande. L’un a « réussi » sa carrière et sa vie, au contraire de ses frères, grâce à cette enseignante qui a pris le temps de parler avec lui pendant chaque récréation, même s’il ne comprenait rien. Mais l’on sait qu’il y a bien des manières de communiquer entre les êtres…
Un livre courageux, qui exhorte à redécouvrir les relations aux autres. L’Amour, ce n’est ni naïf, ni utopique, l’Amour, ça se travaille, et c’est bon de le rappeler de temps en temps…

Martine Rouhart