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Françoise Pirart, Seuls les échos de nos pas, roman, éd Luce Wilquin, 2018.

Un titre qui questionne, bien sûr. La réponse manque. La question, elle-même. Est-ce une phrase interrogative, inquisitive ou une considération désabusée ? Même les trois petits points de rigueur manquent… et c’est à la fin du livre seulement que l’on verra – entreverra – la portée réelle. Décevante, peut-être, mais ce qui compte, n’est-ce pas la quête, plutôt que son résultat ? N’est-ce pas en cherchant quelques pépites d’or que l’on découvrit jadis un continent ?

Rien d’étonnant, dès lors, si le récit ressemble parfois à une enquête policière, avec ses témoins, ses seconds rôles, ceux qui ont cru voir quelque chose, une photo dans un cahier, une inscription sur un mur. Et, le comble, un château qui n’existe pas ou qui n’existe plus. Et c’est là, précisément, en ce château – en ces châteaux plutôt, puisque le père de son amie les a peints à profusion, à l’emplacement de la pauvre cabane où elle a vécu…. Car s’il ne l’a pas aimée charnellement, comme sa propre fille l’a cru d’abord, il a ressenti pour elle une immense pitié, et c’est seulement dans le sillage d’une telle pitié que peut naître, peut-être, l’amour le plus fort. Il n’en va pas autrement dans le Grand Meaulnes, tout amour est une quête, un dévoilement, une aventure de l’esprit.

Bien sûr, ce sont là châteaux en Espagne – en cet Aragon pour lequel, me semble-t-il, Françoise Pirart a une secrète prédilection. Cependant, elle a raffiné, compliqué encore cette quête par un procédé littéraire pas si fréquent qu’elle veut bien le dire – je ne connais guère que le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell qui en soit une parfaite réussite : il n’y a pas un seul récit, mais quatre personnes qui s’expriment à la première personne – si bien que l’on en est souvent à se demander qui parle ici maintenant et des pas de qui entendons-nous l’écho, ces échos plutôt qui se séparent et vont se perdre dans le lointain. Nous avons ainsi des récits différents de la même histoire, en une sorte de chassé-croisé qui, en fin de compte, contribue au charme du roman.

Une clé, une morale ? Pour quoi faire ? Le voyage suffit au voyage, la vie est le récit d’un voyage et, comme l’écrit Françoise Pirart à la page 203, il n’y a rien de plus violent que la beauté du monde quand on est malheureux. Mais ne serait-ce pas cette violence même qui nous sauve de l’ennui et du vide ? Et tout le mystère attaché à la disparue, ne valait-il pas mieux qu’il reste inexpliqué ? C’est plus beau quand on ne sait pas, mais le personnage est là, il n’est pas près de nous quitter, cette quête, peut-être nous mène-t-elle au bout de nous-mêmes.

Joseph Bodson