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Carine-Laure Desguin, A chaos, chaos et demi ,  éd La P’tite Hélène Editions (récits-vision) 2018
Préface d’Eric Allard ; photo montage de couverture de Jean-Marie Polon

Grattant la matière sociale (dans le sens « société ») en parallèle avec la fouille de mots mouvementés en tout sens, Carine-Laure secoue le cocotier de manière à éparpiller le produit de ses intenses réflexions, l’intention passant par une sorte de tunnel faisant office de révélation chaotique (un peu à l’instar des NDE, ces personnes revenues d’un monde parallèle après un accident).

Le chaos de mots, mêlés ainsi dans un relatif désordre non pas par le style comme les surréalistes, mais plutôt par la construction un peu empirique, devient le prétexte du livre, ceci en dehors de toute provocation gratuite : « Des hochets de sang rhésus O, à jamais rhésus O, dans cet entre-deux d’un état des lieux, éclaboussant l’échelle des gènes, des nervures d’ions positifs et d’ions négatifs, des transgenres de tous les chiffons, des épousailles sur papier glacé d’une armée de poupées barricadées jusqu’aux racines carrées de leurs dents ».
On passe d’«errances éternelles » en langage presque codé comme dans une écriture à la « Dotremont » avec une mise en place d’idées sous-jacentes pourtant claires dans leurs dénonciations même « si le tombeau des jours d’avant ignorait tout de ces saccages, de ce chaos à chaos et demi ».

La langue explose en bouche comme des bonbons d’artifice, société et publicités éclatées dans leur propre défi !
La Littérature, elle-même, passe à la moulinette des atomes revus et corrigés, y compris « les poèmes à cheval sur les ruines et de lettres et de métamorphoses ».

C’est un chaos construit, voire architecturé « en plein cœur des mousses et des écumes », où se retrouve bon nombre de mots devenus courants (oiseau, pétition, poubelle virtuelle, grève).

Une société sous-jacente est évoquée sans en dire les mots.
Au lecteur de découvrir l’idéal caché entre certaines désillusions évidentes et trop justes, avec l’appel d’une providentielle comète à venir nous secourir, « fantômes sur les quais de nos rêves ».

L’exercice de style est aussi revendiqué à travers l’évocation de ponctuations citées parmi «les agrumes du texte ».

Provocation ailleurs que dans les règles d’orthographe, parfois stupidement modifiées, c’est ici le langage qui éclate se calquant sur des cerveaux multiples que la société nous demande.
Un cri et une échappatoire en même temps ! Quelque chose de dadaïste avec un appel à la restauration jusqu’au chaos de la postface !

Patrick Devaux